L’imaginaire politique

Lectures

Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique

Paris, Hermes-Science Lavoisier, Coll. « Forme et sens »
Daniela Roventa-Frumusani

Référence(s) :

Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique, Paris, Hermes-Science Lavoisier, Coll. « Forme et sens »

Texte intégral

1À l’époque de l’émergence de la culture visuelle (outdoors, Facebook, etc.), la réflexion sur la narrativité, les mythes, l’imaginaire continue d’occuper les chercheurs ; l’imaginaire « est fait de récits et d’univers d’images toujours plus complexes et se déplie au pluriel » (Musso, 2013 : 1). Sémioticien spécialisé dans le langage politique et celui des villes ainsi que dans l’identité et la communication surplombant les pratiques les plus diverses (1997 ; 1998 ; 1999 ; 2000) , Bernard Lamizet se propose de resémantiser l’imaginaire sous plusieurs « angles » d’entrée tels la médiation, le mythe, le religieux, l’esthétique, la fiction ou le pouvoir, la crise, la rhétorique.

2Après une longue période de peur panique devant l’image (l’iconoclasme des temps anciens), nous assistons au revirement de l’image sous les formes les plus diverses (image photographique, image picturale, image graphique, image mentale) à même de relier les individus. Selon Gilbert Durand (1960), la raison et la science ne relient que des choses ; ce qui relie les gens, ce sont les représentations affectives qui constituent l’empire des images. Le grand spécialiste français de l’imaginaire Michel Maffesoli (2013) considère l’image comme un mésocosme entre le microcosme personnel et le macrocosme collectif. Avec Durand, l’imaginaire a été réhabilité, on lui reconnaît une part importante dans la construction sociale de la réalité. Dans une période relativement courte, il devient objet d’étude dans divers domaines : histoire, philosophie, sciences politiques, sociologie, religion, psychologie, en se dissociant des significations « communes », illusoires, chimériques, etc. L’imaginaire social est un produit fort complexe en perpétuelle mutation, fait de symboles linguistiques et culturels qui résultent des aspirations, des croyances, des stéréotypes, des idéaux et qui les conditionnent. L’imaginaire désigne l’ensemble des éléments qui s’organisent en une unité significative pour un groupe donné, mais à son insu.

3L’imaginaire collectif comme principe d’ordonnancement des conduites sociales des groupes institués contribue à la théorisation de l’articulation entre espace individuel et champ social, entre processus psychiques et logiques collectives.

4Les concepts d’idéologie, de représentation et d’imaginaire permettent de comprendre les interférences dynamiques entre des entités psychiques et sociales. Les « figures » de l’imaginaire sont les modes d’appréhension de la réalité par le sujet et, en même temps, des productions collectives ; elles reflètent et construisent les réalités présente et future.

5L’imaginaire fonctionnant comme ordonnancement du monde pour les individus et les groupes fournit un schéma collectif d’interprétation des expériences individuelles complexes et variées (Durand, 1960) signifiant la même chose pour les membres de la société (Castoriadis, 1975).

6Inhérent à toute société, le pouvoir assure sa pérennité dans la lutte contre le désordre et les conflits autodestructifs par des contraintes, mais aussi par des véhicules symboliques et mythiques, autrement dit par l’apport de l’imaginaire.

7Lamizet fonde sa lecture de l’imaginaire sur l’articulation du réel, du symbolique et de l’imaginaire : le réel en tant qu’instance du pouvoir faite de confrontations dans l’espace public ; le symbolique en tant qu’instance de la représentation relevant d’un code de rituels, pratiques et discours qui exige une interprétation ; l’imaginaire en tant qu’instance de paroles, sons et images construits indépendamment de la réalité (p. 14). L’auteur se propose de réhabiliter l’imaginaire politique rejeté hors de la rationalité car trop souvent considéré comme part d’ombre de la politique ou de l’impensé du politique (p. 15).

8Le projet de relecture de l’imaginaire politique proposé par Lamizet est basé sur une « bémolisation » des polarités ; « dans cette approche imaginaire de l’espace politique, l’espace public de la réalité et de l’événement se confond avec l’espace symbolique de l’énonciation et de la communication » (p. 23). En se fondant sur la logique « d’adhésion du sujet aux projets et aux expressions des pouvoirs et des institutions » (p. 24), l’auteur met en évidence les conséquences de la disparition de la distance critique entre l’action et le débat dans l’espace public, tels les fanatismes et les logiques imaginaires ou encore la confusion entre la réalité et ses représentations (p. 25). Mais en dépit de cette disparition, l’imaginaire demeure nécessaire étant donné qu’il peut maîtriser par le symbolique et la mémoire des informations concernant le présent, le passé ainsi que le futur, ce qui peut l’instituer comme un contre-pouvoir (p. 29).

9Dans le troisième chapitre de son ouvrage, « La suspension des médiations », l’auteur met l’accent sur le déficit de distanciation entre trois instances : le réel, le symbolique et l’imaginaire dans bon nombre d’événements politiques contemporains. Par exemple, l’échec des États-Unis en Irak où l’on a substitué une conception imaginaire de la démocratie à une réalité qu’ignoraient les décideurs (p. 55) ; ce même déficit sous-tend les cultes de la personnalité tel le célèbre « L’État c’est moi », ainsi que la confusion entre le destinateur et le destinataire. Il convient de mentionner ici la pertinence de l’utilisation des concepts et des méthodes sémiotiques dans l’interprétation des faits et des pratiques politiques — par rapport à la sociologie — qui nous aident à comprendre les stratégies des acteurs et les pratiques de ceux qui subissent la « rationalité » politique. La sémiotique offre des concepts et des méthodes « permettant de penser l’expression et les modes de représentation mis en œuvre dans l’imaginaire politique » (p. 28) puisque « [l]e seul fait de s’exprimer suffit dans l’imaginaire politique à établir le pouvoir de celui qui s’exprime » (p. 67).

10L’auteur ne manque pas de dissocier l’espace public du débat autour de la confrontation et de l’élaboration des identités politiques, ayant comme mode majeur d’énonciation la parole ou l’écriture, de l’espace public de l’imaginaire, espace où la politique est un spectacle et dans lequel le mode d’expression est l’image ou l’écriture imagée (p. 45).

11Selon Lamizet, « les acteurs et les identités politiques se définissent toujours à la fois par les pratiques qu’ils mettent en œuvre et par les futures qu’ils imaginent pour la société dans laquelle ils se trouvent » (p. 67). Autrement dit, « l’identité politique n’aurait de sens sans l’articulation et l’expression d’une instance imaginaire » (p. 68). L’imaginaire politique se définit par un lien significatif entre deux médiations : la médiation entre le temps long et le temps court et celle entre le singulier et le collectif. L’auteur ne manque pas d’illustrer par des exemples emblématiques l’articulation de ces médiations. Ainsi le fameux discours d’Obama en 2008 est-il évoqué pour exemplifier la médiation entre le temps court et le temps long (l’insistance sur l’histoire), alors que la médiation entre le singulier et le collectif se lit à partir du syntagme notre génération (p. 68).

12La dimension politique de l’imaginaire est fondamentalement une « logique du projet » (p. 76) et la même triade déjà évoquée est à l’œuvre dans l’imaginaire du champ d’exercice du pouvoir.

Son champ symbolique est l’ensemble des représentations et des expressions de ce pouvoir. Son champ réel est l’ensemble des espaces des temps, des personnes, sur qui s’exerce le pouvoir ou sur lesquels il exerce son emprise. Enfin ce que l’on peut appeler le champ imaginaire du pouvoir désigne l’ensemble des projets visés par les acteurs du pouvoir (p. 77).

13Dans son chapitre 4, « Sémiotique imaginaire des identités politiques », Lamizet réutilise et valorise des concepts fondamentaux de la sémiotique française telle l’intertextualité de Julia Kristeva (1969) : l’imaginaire politique est composé

d’une intertextualité multiple et complexe qui articule information, le discours des médias et la littérature, le discours politique et la fiction, l’écriture et l’image et les autres systèmes d’expression et de représentation. L’imaginaire politique est fait d’une multiplicité de langages et de modes d’expression qui l’inscrivent en quelque sorte par définition dans les structures et les codes de l’intertextualité (p. 72).

14L’imaginaire étant l’une des instances qui fondent l’identité, la réflexion ne pouvait pas ne pas s’attarder sur des figures de l’identité telles que l’identité imaginaire du peuple ; le peuple n’intervient pas dans les récits comme un acteur politique, mais comme une abstraction à laquelle tout acteur peut s’identifier (p. 325). La réflexion sur le peuple (opposé à la classe sociale ou à l’« acteur incarné ») est pleinement justifiée dans le contexte actuel de consolidation des rhétoriques populistes et au moment où se figent les identités ethniques, politiques, religieuses. On aurait souhaité que soit développée l’idée suivante : « Le populisme est une forme de confrontation politique entre acteurs dans laquelle les identités qui s’opposent les unes aux autres représentent des formes imaginaires de l’appartenance et de la sociabilité » (p. 329).

15En fait, chacun des chapitres mériterait un développement ultérieur tant il est ancré dans les questions sociétales les plus actuelles (voir les chapitres « Imaginaire et mythe », « L’imaginaire politique et le religieux », « Les thématiques de l’imaginaire politique », « Imaginaire et crise », « Imaginaire, rhétorique, propagande »). À la fin d’un livre ouvert (dans le sens d’Umberto Eco) tant par la thématique que par les nombreuses pistes tracées, la conclusion (trop courte, selon nous) insiste à juste titre sur le travail réflexif et critique que le lecteur doit prolonger à partir du concept si généreux qu’est l’imaginaire qui fonde la mémoire, l’histoire, le mythe en se constituant comme principe explicatif du monde et leçon morale (comme de la fable) du passé.

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Bibliographie

CASTORIADIS, Cornelius (1975), L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil.

DURAND, Gilbert (1960), Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Presses universitaires de France.

KRISTEVA, Julia (1969) Séméiôtiké : recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil.

LAMIZET, Bernard (2000), La médiation culturelle, Paris, L’Harmattan, Coll. « Communication ».

LAMIZET, Bernard et Ahmed SILEM (1997), Dictionnaire encyclopédique des sciences de l’information et de la communication, Paris, Ellipses.

LAMIZET, Bernard et Pascal SANSON (1998), Les langages de la ville, Paris, Parenthèses Éditions, Coll. « Eupalinos ».

MAFFESOLI, Michel (2013), Imaginaire et postmodernité, Paris, Éditions Manucius.

MUSSO, Pierre (2013), « Préface » dans Michel MAFFESOLI, Imaginaire et postmodernité, Paris, Éditions Manucius.

WEYMOUTH, Anthony et Bernard LAMIZET (1999/1996), Markets and Myths: Forces of Change in the European Media, New York, Routledge.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Daniela Roventa-Frumusani, « Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique », Communication [En ligne], vol. 33/2 | 2015, mis en ligne le 27 janvier 2016, consulté le 29 janvier 2017. URL : http://communication.revues.org/5958

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Auteur

Daniela Roventa-Frumusani

Daniela Roventa-Frumusani est professeure à la Faculté de journalisme et de sciences de la communication de l’Université de Bucarest. Courriel : danifrumusani@yahoo.com

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TECHNIQUES POUR CONTROLER ET MANIPULER LA POPULATION

TECHNIQUES POUR CONTROLER ET MANIPULER LA POPULATION

La stratégie de la diversion

Elément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux. » (Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

La stratégie du dégradé

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution si ils avaient été appliqués brutalement.

La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu. Exemple récent : le passage à l’Euro et la perte de la souveraineté monétaire et économique ont été acceptés par les pays Européens en 1994-95 pour une application en 2001. Autre exemple : les accords multilatéraux du FTAA que les USA ont imposé en 2001 aux pays du continent américain pourtant réticents, en concédant une application différée à 2005.

S’adresser au public comme à des enfants en bas-age

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Exemple typique : la campagne TV française pour le passage à l’Euro (« les jours euro »). Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans. » (cf. « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être de la plus pauvre sorte, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. » (cf. « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !…

Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Auteur Inconnu

mains propres

Avoir les mains propres, c’est vital aussi pour la démocratie !

Dans le cadre de notre campagne de plaidoyer pour la démocratie planétaire, nous lançons  une action de mobilisation visant à prendre appui sur la Journée mondiale pour le lavage des mains. Célébrée chaque 15 octobre depuis 2008, elle a pour objectif de sensibiliser les populations aux conséquences, souvent dramatiques, d’une mauvaise hygiène des mains, notamment pour les enfants des pays en développement.

http://www.globalhandwashingday.org/

A l’occasion de cette journée, nous souhaitons attirer l’attention sur d’autres virus, dangereux pour la démocratie, qui minent la confiance des citoyens en leurs institutions : la corruption, l’opacité de certaines décisions publiques, le manque d’indépendance de la justice, les conflits d’intérêts…

Si vous aussi, vous voulez lutter contre ces maladies qui gangrènent la démocratie et promouvoir une véritable éthique de l’action publique, nous vous invitons à :

Afficher votre soutien à cette campagne et changer vos photos de profil sur les réseaux sociaux en les remplaçant par des photos de vos mains propres

La crise de confiance des citoyens envers leurs institutions atteint des niveaux record qui mettent en péril les fondements mêmes de notre contrat social.

Il est urgent de réagir ! Et il est urgent de le faire en sortant de cette situation par le haut

A l’occasion de cette journée, Transparence International France vous invite à combattre d’autres virus, dangereux pour la démocratie, qui minent la confiance des citoyens en leurs institutions et qui contaminent l’action publique 

Transparence International France

41, rue Ybry

92 200 Neuilly sur Seine

Tél : +33 1 55 61 37 90

www.transparence-france.org

UNIVERSITE GRATUITE

Le M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology) publie la totalité de ses cours universitaires gratuitement en ligne.

Cela s’inscrit dans son programme de diffusion de ses contenus en ligne, l’OpenCourseWare (OCW). Les 1800 cours de la célèbre université américaine seront ainsi disponibles, gratuitement et sans aucune inscription. L’objectif poursuivi est d’utiliser l’Internet comme  l’un des meilleurs moyens de faire progresser l’éducation dans le monde.

Elle est la première université américaine qui offre la totalité de ses cours.

Le M.I.T. offre plus de 1550 cours en ligne et le site reçoit plus de 1,5 millions visites mensuelles provenant du monde entier (dont 60% hors des Etats-Unis). Evidemment la grande partie est comme d’habitude en anglais mais aussi en espagnol, en portugais et en chinois (simplifié et traditionnel) (2). Quelques uns sont traduits en thaïlandais.  Il est prévu que certains de ces cours soient traduits en Français mais apparemment la traduction n’est pas encore disponible.  Pourquoi ?.  La majorité des cours sont en PDF mais on trouve également des fichiers audio et vidéo.

La finalité de ces cours n’est pas d’attribuer des titres universitaires mais de favoriser l’interaction et « humaine » poursuivait-il. Le but n’est en aucun cas de remplacer des études « classiques », mais « de fournir du matériel gratuit pour les enseignants, les étudiants et les autodidactes du monde entier ».

L’Union Africaine devrait prendre conscience que la démocratisation du savoir par sa diffusion libre et gratuite accélérerait le développement du continent.  Les dirigeants africains doivent nécessairement repenser le modèle universitaire actuel et ses moyens de travail.  Cliquez sur le lien qui suit pour accéder aux cours :

http://ocw.mit.edu/courses/

LA COTE D IVOIRE AU CANADA

*Compte rendu de la conférence organisée par le CERCLECAD le 07 mai 2011 sur la crise en Côte d’Ivoire à l’Université d’Ottawa (Canada).

M. Jean Paul MBUYA, professeur à l’université d’Ottawa et vice-président du Cerclecad, a présidé la séance. En ouvrant la conférence, il a tenu à féliciter les conférenciers et les participants pour leur dévouement au Cerclecad et pour leur farouche détermination pour la cause ivoirienne. On avait trois conférenciers :

• Pierre Adjété, économiste-éthicien, membre du Cerclecad.

 • Benoît Awazi, Président du Cerclecad et Écrivain.

• Père Augustin Ramazani, Professeur, Écrivain et membre du Cerclecad. Le premier conférencier à avoir pris la parole était Pierre Adjété.

Selon M. Adjété, l’intervention française dans le cadre des résolutions de l’ONU en Cote d’Ivoire était plus que requise car elle aura permis de rétablir la démocratie en Côte d’Ivoire. La question du principe démocratique s’imposait dans ce conflit; c’est l’angle le plus raisonné pour analyser la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Gbagbo ayant perdu les élections selon les résultats proclamés par le Commission électorale indépendante –seule habilitée à donner les résultats, et non la Conseil constitutionnel qui possède l’autorité de valider ou d’invalider l’ensemble des résultats et non une partie.

Selon Pierre Adjété, la Communauté internationale sous l’égide de l’ONU a obtenu le rôle de validation de cette élection compte tenu de la méfiance élevée qui prévalait entre les protagonistes ivoiriens, pour une élection présidentielle qui était attendue depuis 2005 et à chaque fois reportée. Les actes de cette communauté internationale sont de ce fait légitimes. Et, ils le sont d’autant plus qu’à la tête de la plus grande puissance mondiale, un Africain tout à fait respectable comme Barack Obama a usé de son leadership afin que le choix du peuple ivoirien, l’élection d’Alassane Dramane Ouattara plutôt que celle du président sortant Laurent Koudou Gbagbo, soit respecté sans aucune ambigüité. Alors, M. Adjété pose la question, qui selon lui, sous-tend tous les désordres et la guerre qui ont suivi le lendemain des résultats qui est la suivante : doit-on, au nom d’une improbable crainte de recolonisation, empêcher des interventions « légitimées » d’un pays, ex-colonisateur, ou même de l’Occident en Afrique?

Pour M. Adjété, l’intervention militaire française aux côté des forces de l’ONUCI dont certaines composantes sont africaines participent d’une donnée nouvelle qu’il vaut valoriser : la démocratie doit évoluer en Afrique comme acte éthique, un souci du bien collectif, bien au-delà des seules intentions et déclarations. Pratiquement toutes les institutions africaines, des personnalités africaines aussi respectables que Kofi Annan avaient vainement appelé Laurent Gbagbo à la raison en abandonnant le pouvoir afin de sauvegarder la Côte d’Ivoire d’une guerre postélectorale; mais jamais l’ancien président ivoirien n’avait voulu entendre raison. De ce fait, l’appui du président Obama à Ouattara ou l’intervention des forces françaises, que ce soit sous l’autorité de Nicolas Sarkozy ou des résolutions de l’ONU ne sont que des accompagnements indispensables à l’avènement et à l’expansion de la démocratie en Afrique, un pays à la fois. En conclusion, pour Pierre Adjété, ce n’est pas parce que la même règle n’est pas appliquée partout en Afrique par la communauté internationale que celle-ci ne peut agir en Côte d’Ivoire : au service de la démocratie, l’Afrique a besoin de tous ses partenaires.

Le deuxième intervenant, Benoît Awazi Mbambi Kungua, a d’entrée de jeu analysé la situation chaotique en Côte d’Ivoire en la déclinant en 3 types de crises :

1. Une crise de l’intelligence africaine, 2. une crise de l’imaginaire et de l’idée de l’Afrique et enfin, 3. une crise de la conscience et de la mémoire des Africains.

1. Une crise de l’intelligence africaine : Ce qui se passe en Côte d’Ivoire représente en miniature le double échec de la postcolonie et celui de l’insertion servile de l’Afrique dans les réseaux économiques et médiatiques de la mondialisation néolibérale. Mais au-delà de ce double échec obvie, il s’agit du combat pour l’Afrodiction (Qui dit quoi de l’Afrique aujourd’hui à qui et pour quels intérêts intellectuels, politiques et économiques ?), mais il s’agit aussi du combat pour l’Afrographie (Qui écrit quoi de l’Afrique et pour quelles finalités épistémologiques, économiques et politiques ?). Ce premier combat risque d’être perdu d’avance, par faute de combattants aguerris et déterminés. Il fallait voir comment les partisans de Mr Ouattara célébraient la chute Gbagbo en remerciant la France ou en exhibant des danses licencieuses traditionnelles (Mapouka, Zou Blazzo, etc.). Loin de moi la critique de la danse en Afrique, mais mon inquiétude est de voir, aussi bien en Afrique que dans les diasporas occidentales d’Europe et d’Amérique du Nord, la propension des Africains à privilégier la danse comme mode principal d’expression et d’action sociale, à la faveur de la satisfaction de l’exotisme des nos hôtes occidentaux. Dans l’imaginaire populaire et médiatique ambiant, les Africains sont d’amblée associés aux danses collectives sous les rythmes du tam tam.

2. Une crise de l’imaginaire ou de l’Idée de l’Afrique. Il s’agit de donner au mot Idée son sens philosophique maximal (Eidôs en grec = Archétype, Modèle à imiter pour atteindre une certaine perfection, Idéal…). La crise de l’idée de l’Afrique est tout d’abord une crise de l’image ou du modèle de l’Afrique, et de la pauvreté intellectuelle de moyens ou de stratégies mobilisées pour réaliser, hic et nunc, des sociétés viables et démocratiques en Afrique postcoloniale. La crise de l’Idée se difracte en une double crise : une crise de l’Idéologie et une crise de l’Idéal. Par idéologie, j’entends un faisceau de motivations, de croyances, de valeurs intellectuelles, culturelles, politiques et religieuses qui sous-tendent une action collective ou individuelle en vue d’une transformation profonde d’une société déliquescente. La crise en Afrique doit se comprendre comme une crise d’apathie et d’amnésie qui crée une ambiance de résignation, de défaitisme et de fatalisme devant les nouvelles stratégies d’occupation et d’exploitation des matières premières de l’Afrique pour faire fonctionner le mastodonte néolibéral. Mais cette crise de l’Idée doit aussi se comprendre comme une crise de l’Idéal ou une atrophie de tout Idéal suffisamment haut pour mobiliser les Africains et susciter un processus de « Révolution éthique » dans les esprits et les mentalités des Africains, pour qu’ils se distancient radicalement de toutes les logiques alimentaires de la politique du ventre (L’homo Manducans) et du bas-ventre qui sont à la base de leur défaite collective face aux ambitions mégalomaniaques et hégémoniques des puissances militaires et capitalistes de l’Occident dont les grandes manifestations sont la traite des Noirs, l’esclavage, la colonisation et la reconquête des matières premières des pays africains à travers les réseaux militaires et tentaculaires de la FrançAfrique qui atteint sa vitesse de croisière avec la mégalomanie sarkozyste en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Togo, au Tchad, en Lybie, etc.

3. Une crise de la mémoire et de la conscience :

Il s’agit d’une syncope de la mémoire des tragédies qui ponctuent les quatre derniers siècles de l’histoire de la confrontation entre l’Afrique et les puissances impérialistes et capitalistes de l’Occident. L’amnésie est une stratégie savamment orchestrée qui consiste à rapatrier vers l’inconscient les déboires, les turpitudes et les traîtrises entre Africains qui expliquent, en dernière instance, leur dislocation morale et anthropologique, toutes les fois qu’ils ont eu, en tant que peuples, individus et nations, à se mesurer devant la projection coloniale et néocoloniale de la volonté de puissance de l’Occident dans leurs terres. L’amnésie peut à juste titre être considérée comme un processus d’inhibition des causes endogènes et culturelles de la défaite face à l’Occident, et à ce titre, elle est une pathologie de l’être et de l’esprit, en tant qu’outils perceptifs et interprétatifs du monde et du sens holistique que nous donnons à notre existence éphémère dans le monde, en tant qu’individus et en tant que peuple ou communauté.

Benoît Awazi a poursuivi son exposé en stigmatisant les ambitions militaires et économiques de Nicolas Sarkozy en Afrique et en appelant les Africains à promouvoir un Leadership intellectuel, éthique et réticulaire (se déployant sous forme de réseaux de centres de réflexion critique et d’action (Think Tanks). Parcourons succinctement ces deux derniers points :

I. Les velléités néocolonialistes de la FrançAfrique de Nicolas Sarkozy.

D’entrée de jeu, il faut reconnaître que la France a toujours utilisé la force militaire illimitée pour mater les Africains depuis la traite des Noirs dont elle fut la principale actrice jusqu’à son soutien militaire aux régimes corrompus, sanguinaires et kléptocratiques de Bongo, Eyadema, Biya, Sassou, Obiang Nguema, Idriss Debi, Compaoré, Mobutu, Ouattara… Mais tout de suite, il faut minimiser la puissance de la France en Europe, étant donné son humiliation à plusieurs reprises par l’Allemagne, dont la plus spectaculaire fut sa défaite militaire stupéfiante contre les troupes d’Hitler en juin 1940. Sans la coalition des armées britannique, canadienne, américaine et des soldats africains, la France ne serait aujourd’hui qu’une province de l’Allemagne qui l’a humiliée de 1940 à 1945 en créant une ambassade de France à Paris. Ce qui est ahurissant avec la France, c’est de voir qu’au même moment où les Alliés étaient en train de la libérer du joug hitlérien, la France réprima dans le sang les mouvements indépendantistes au Madagascar, en Algérie, au Cameroun et dans les autres colonies qu’elle (se) soumit.

En plus, en élisant Sarkozy à la présidence de la République, le peuple français s’est choisi un président qui manifeste bien la décadence de sa société. Quand un président qui appelle les jeunes de banlieues (« la racaille ») et quand il se met lui-même à interpeller un jeune qui refusait de lui serrer la main (« Casse-toi, pauvre con »), il devient urgent de s’interroger sur sa propre immoralité. L’immoralité d’un tel « voyou » ressemble curieusement à l’immoralité de la « racaille » qu’il veut extirper de la société française.

Et avec ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire, nous nous enfonçons dans une nouvelle ère de recolonisation militaire directe, avec l’installation de marionnettes (Zombies) comme Alassane Ouattara aux commandes d’un pays aux potentialités économiques et humaines énormes dans la région occidentale de l’Afrique subsaharienne. L’auteur ne veut pas nécessairement appuyer Laurent Gbagbo, mais il s’octroie le droit de questionner cette intervention militaire des forces françaises et de l’ONU en Côte d’Ivoire, en ayant en mémoire ce que la même ONU avait fait en République démocratique du Congo avec l’assassinat du premier ministre Patrice Emery Lumumba en 1960. Plusieurs points peuvent être relevés dans ce questionnement critique : 1. Quel est l’organe constitutionnel qui doit proclamer les élections dans un pays souverain comme la Côte d’Ivoire ? Ce n’est certainement pas l’ONU ni la France, mais c’est le Conseil constitutionnel. Pourquoi la communauté internationale n’est-elle pas intervenue en Birmanie, en Syrie, au Zimbabwe ou en Corée du Nord ? Il s’agit d’un précédent qui ouvre une ère de dictatures nègres soutenues militairement par la France. Pourquoi la même France s’est-elle empressée de reconnaître les élections frauduleuses des fils de dictateurs comme Ali Bongo Ondimba et Faure Nyanssigbé ? Pourquoi la même France ferme-t-elle les yeux devant les élections ouvertement frauduleuses de dictateurs sanguinaires comme Blaise Compaoré, Paul Biya, Bozizé, Obiang Nguema et Denis Sassou NGuesso ?

2. La pire des choses qui puisse arriver à un esclave ou à un descendant d’esclave est l’amnésie de sa servitude, car c’est la seule façon de se complaire dans la servilité. En regardant les images de la liesse populaire des partisans de Ouattara dans les médias occidentaux, en voyant les partisans de Ouattara humilier Laurent Gbagbo, sa femme Simone, son fils et sa fille tout ensanglantés, Il y avait de quoi se questionner radicalement sur l’amnésie des Africains et leur propension à se prostituer devant les diktats de la politique du ventre et de l’Homo Manducans. Mais la seule question pertinente à poser aux partisans de Ouattara en liesse est la suivante : « Comment les Noirs et les Africains en général sont-ils traités aujourd’hui dans les banlieues sordides de la société française où ils sont confrontés à longueur de journées au délit de faciès, à la faveur de la crise économique et sociale qui fracture en profondeur la société française aujourd’hui ? Pourquoi, en Afrique noire, les stratégies alimentaires de la politique du ventre (la politique de manducation ou du mâchoironnage, l’Homo manducans) empêche toute introspection critique et lucide sur les tragédies qui scandent les quatre derniers siècles de son histoire, où la catégorie qui subsume sa trajectoire est celle de la dégradation (ou de la détérioration) des conditions de vie matérielle, sociale, sanitaire et politique ?

II0/ Benoît Awazi a enfin appelé les Africains à dépasser leurs clivages idéologiques, religieux et ethno-tribaux et à promouvoir un leadership intellectuel et éthique en constituant des réseaux des think tanks, en vue d’élaborer des actions concrètes pour l’érection d’une « Autre Afrique ». Par-delà les clivages idéologiques et ethnotribaux entre les partisans de Ouattara et de Gbagbo, il convient se mettre en évidence le caractère exemplaire de la crise ivoirienne pour les autres sociétés africaines postcoloniales. Ce qui se passe aujourd’hui en Côte d’Ivoire risque malheureusement de se reproduire avec rapidité et de façon beaucoup plus sanglante dans les autres pays africains dysfonctionnels, s’il n’y a pas un sursaut éthique et politique collectif, pour repenser une « Autre Afrique » et des États démocratiques dirigés par des leaders dotés de la probité éthique et intellectuelle. Ce leadership de l’intelligence et de l’éthique est la condition de possibilité d’une mutation politique radicale des États africains déliquescents et paralysés à tous points de vue. Pour émerger, ce leadership doit être nourri par des réseaux de réflexion critique et pluridisciplinaire (Think tanks) qui essaient d’arrimer les diasporas à leurs pays respectifs, pour qu’ils élaborent un nouveau cadre intellectuel et éthique, à l’intérieur duquel la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la kléptocratie, le sens du respect inconditionnel du Bien public, la justice distributive et réparatrice, et la responsabilité (imputabilité) des dirigeants face à leurs peuples, constituent le socle à partir duquel se dérouleront les cinquante prochaines années des pays africains. L’observation de l’actualité risque plutôt de nourrir et de réactiver l’afro-pessimisme du monde quant aux capacités politiques et intellectuelles des Africains à s’intégrer dans la mondialisation, en tant que sujets, auteurs et acteurs de leur destinée.

III0/Le troisième conférencier, M. Augustin Ramazani Bishwende, pose d’emblée la question de l’après crise. Il se demande si une nouvelle CI est possible. La CI pour Mr Ramazani est victime de deux crises : la crise de la mondialisation néolibérale et la crise du repli identitaire. Et le conférencier pose la narrativité comme thérapie pouvant permettre de régler à la fois les crises meurtrières générées par le Néo libéralisme et les problèmes identitaires. Pour Ramazani, la CI serait face à un destin tragique entre l’Ivoirité et la françafrique. Ouattara et Gbagbo, deux personnages controversés dans l’histoire de la CI, ce qui amène à poser une autre question : Ouattara, candidat soupçonné d’être au service de l’Occident va-t-il réellement travailler pour les Ivoiriens ? Avec Ouattara une nouvelle CI est-elle possible reconstruite sur une éthique politique de réconciliation ? Dans tous les cas, Ramazani propose trois solutions :

1. La thérapie narrative. 2. La mémoire et 3. La réconciliation

Pensées et repensées en dehors de tout manichéisme politique cristallisé autour de deux personnages farouchement opposés, Gbagbo et Ouattara, autour de deux idéologies politiques controversées tout aussi néfastes et meurtrières pour l’avenir de la CI, la françafrique et l’Ivoirité.

Comment réconcilier les faits ? À la suite de ces trois exposés, les participants ont pu défendre leurs idées et débattre à bâton rompu de l’intervention armée de la France en Côte d’Ivoire.

La tendance était globalement en désaccord avec l’intervention française. Il y a eu deux positions irréconciliables. D’une part, l’assistance a condamné les agissements de la France qui relèveraient de l’impérialisme. À la question de savoir si la France était habileté à intervenir, le consensus a été frappant. La majorité des participants ont exprimé leur désaccord formel et ont jugé que cette intervention violait la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Et des questions sont revenues à plusieurs reprises. On se demandait si les faits rapportés par les medias occidentaux, notamment français, étaient objectifs ou suffisants pour juger de la crise en CI. D’autres se sont demandé si l’on doit s’arrêter aux faits car au delà des faits, il y a une histoire et des non-dits. La question de la conscience historique, de la religion, des différentes guerres qui sont en cours sur le continent et dont personne ne parle. Bref, c’était le temps de la réflexion et des recherches de solutions applicables pour le continent africain.

L’autre position qui semblait un peu distante et unique est celle qui veut que la France continue à garantir la « démocratie » en Afrique. France, qui a été le colonisateur de plusieurs pays du continent et qui détient les plus grands marchés de compagnies pétrolières, minières, énergétiques sur le continent. La France qui a toujours eu des rapports de maître et d’élève (esclave) face à ses colonisés… La France cauchemar et problème de l’Afrique et des Africains disent certains observateurs. Mais en dépit de tout cela, une minorité d’Africains pensent que cette France est encore légitime.

Bref, cinquante ans après les indépendances peut-on dire qu’il y a eu de réelles avancées? Le problème du continent noir relèverait-il réellement de l’impérialisme, des guerres, du sous-développement? Où va l’Afrique? Les Africains sont-ils conscients que le temps joue en leur défaveur? Sont-ils conscients des guerres impérialistes? Sont-ils connectés à l’histoire et au temps? Enfin comment le CERCLECAD, un centre pluridisciplinaire pourra-t-il aider concrètement à concilier la théorie avec la pratique pour impacter le continent ? C’est dans cette dynamique de responsabilisation, de conscientisation et de formation pluridisciplinaire des Africains, que le Cerclecad entend apporter sa contribution dans le grand chantier de la démocratisation et du développement holistique de l’Afrique.

JEAN PAUL II UN GEANT

« Jean Paul II a ouvert au Christ la société, la culture, les systèmes politiques et économiques, en inversant avec une force de géant – force qui lui venait de Dieu – une tendance qui pouvait sembler irréversible. Ce fils exemplaire de la nation polonaise a aidé les chrétiens du monde entier à ne pas avoir peur de se dire chrétiens, d’appartenir à l’Église, de parler de l’Évangile. En un mot : il nous a aidés à ne pas avoir peur de la vérité, car la vérité est garantie de liberté »Benoît XVI.

LES 10 ERREURS FATALES DE LAURENT GBABO

 1. Au lieu d’utiliser la force, il fallait dès le départ prouver par tous moyens, qu’il a effectivement gagné les élections. Les trafics d’influence, les intimidations et menaces, l’ont tout de suite décrédibilisé.

2. Il a surestimé ses forces. Il a cru qu’il pouvait faire comme Georges W. Bush et réussir. L’Amérique en a payé le prix. Il a fallu trouver une étoile planétaire aussi brillante comme celle des rois mages bibliques en la personne de BARACK OBAMA pour vite remettre les USA sur la scène internationale.

3. Il a sous-estimé la force de l’Internationale Stratégique et Financière qui se cache derrière OUATARRA qui a ses ramifications dans plusieurs pays parmi lesquels l’Angola, l’Afrique du Sud, le Maroc, le Gabon, le Nigeria, le Burkina Faso, la France, I’ Israël, les USA, etc.

4. Il a feint d’ignorer que beaucoup de dirigeants africains ont encore besoin de l’appui français qui est membre permanent du conseil de Sécurité des Nations Unies avec droit de Veto. Même les Etats Unis ont besoin de la France. Quant Chirac s’est opposé à Bush, il a toutefois autorisé aux avions américains d’utiliser éventuellement l’espace aérien français pour faire la guerre. Les cadeaux politiques sont des dettes et ne s’oublient pas.

5. Il a ignoré que la COTE D’ IVOIRE est faite de beaucoup de citoyens d’origine étrangère. Il y a des discours qui sont gênants pour tous les métis « noirs » qui généralement occupent des postes hyper-stratégiques. Les africains doivent sortir de la logique du sang pour entrer dans la logique des alliances tactiques. Tout citoyen est citoyen. Admettre la notion de citoyen de seconde zone équivaut à une bombe placée dans une poubelle au cœur de la ville.

6. Il a ignoré que les discours nationalistes sont porteurs des malheurs : Lumumba, Kabila, Mugabe, Mobutu, Kadhafi, etc. en savent quelque chose. Il y a des intérêts nationaux qu’il faut parfois sacrifier pour avoir la paix et avoir le soutien de la Communauté Internationale. On peut sacrifier le cuivre, l’uranium, le diamant, etc. sur l’autel de la mafia internationale. En contre partie celle-ci peut vous garantir la paix. Par contre vous pouvez développer votre pays par l’intelligence informatique, l’innovation technologique, les structures scientifiques de haut niveau. Les idées suffisent largement pour rendre un pays riche, prospère et puissant. Sans la paix, les matières premières, les ports et infrastructures ne servent à rien.

 7. Il a oublié qu’il y a pas moins de quinze mille citoyens ivoiriens qui sont bi-nationaux : Français et Ivoiriens. La France n’est pas prête à avoir à Abidjan un pouvoir anti-français susceptible de menacer ses intérêts. L’appui des chinois ne suffit pas. La Chine a besoin de la France dans plusieurs domaines technologiques, industriels, militaires, etc. Les Français parlent très souvent de l’immigration africaine et parlent à peine de l’immigration chinoise. Et pourtant il y a des arrondissements entiers de Paris qui sont « chinoicisés ». Cela dit tout…

8. Il a sous-estimé l’influence de Blaise KOMPAORE et de son pays pauvre le BURKINA FASO. Les congolais de la RD CONGO sous-estimaient le Rwanda. Aujourd’hui leur opinion a changé. « Un petit piment pique mieux qu’un gros » dit un proverbe Luba du Kasaï. KOMPAORE est garant de la conscience tranquille française dans la mort de SANKARA qui s’impose comme un héros africain. Il faut en permanence acheter son silence.

9. GBABO, pourtant professeur d’histoire, n’a pas bien lu ou étudié l’histoire du Grand Maître et ancien agent français Omar BONGO ONDIMBA dans sa relation complexe avec la France. Il faut étudier l’Histoire pour pouvoir prendre de bonnes décisions au présent et anticiper l’avenir avec réalisme. Le grand Omar savait jusqu’où il pouvait aller dans ses menaces. Si le Gabon n’est pas développé, au moins le Gabon ne connait pas le traumatisme de la guerre. C’est vrai que la vie est un choix. Mais quand on est président, les choix stratégiques engagent la vie des innocents et martyrisent des millions des personnes.

10. GBABO s’est entouré des conseillers fanatiques, irréalistes, idéalistes et non pragmatiques. KABILA KABANGE Joseph, fils d’un président assassiné par la mafia internationale, a su sauver son pouvoir en allant faire un tour rapide en Occident dès son accession au pouvoir et en apprivoisant ses opposants d’hier, en leur donnant des avantages juteux, et surtout en acceptant de prendre le risque du partage de son pouvoir. Kabila est encore au pouvoir. Ses opposants d’hier sont enterrés aux oubliettes de l’Histoire. C’est parfois le prix à payer pour pacifier un pays.

SI OUATARRA semble avoir gagné, la Cote d’Ivoire vient de perdre pour au moins dix ans une bonne partie de ses atouts. Quel gâchis !

Jean KAZADI KATUMBAY excelle depuis plusieurs années dans le domaine du développement personnel. Il écrit plusieurs chroniques et donne des conseils gratuits.  Vous pouvez réagir sur le site ou lui écrire à l’adresse suivante : muazadi@yahoo.fr