L’imaginaire politique

Lectures

Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique

Paris, Hermes-Science Lavoisier, Coll. « Forme et sens »
Daniela Roventa-Frumusani

Référence(s) :

Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique, Paris, Hermes-Science Lavoisier, Coll. « Forme et sens »

Texte intégral

1À l’époque de l’émergence de la culture visuelle (outdoors, Facebook, etc.), la réflexion sur la narrativité, les mythes, l’imaginaire continue d’occuper les chercheurs ; l’imaginaire « est fait de récits et d’univers d’images toujours plus complexes et se déplie au pluriel » (Musso, 2013 : 1). Sémioticien spécialisé dans le langage politique et celui des villes ainsi que dans l’identité et la communication surplombant les pratiques les plus diverses (1997 ; 1998 ; 1999 ; 2000) , Bernard Lamizet se propose de resémantiser l’imaginaire sous plusieurs « angles » d’entrée tels la médiation, le mythe, le religieux, l’esthétique, la fiction ou le pouvoir, la crise, la rhétorique.

2Après une longue période de peur panique devant l’image (l’iconoclasme des temps anciens), nous assistons au revirement de l’image sous les formes les plus diverses (image photographique, image picturale, image graphique, image mentale) à même de relier les individus. Selon Gilbert Durand (1960), la raison et la science ne relient que des choses ; ce qui relie les gens, ce sont les représentations affectives qui constituent l’empire des images. Le grand spécialiste français de l’imaginaire Michel Maffesoli (2013) considère l’image comme un mésocosme entre le microcosme personnel et le macrocosme collectif. Avec Durand, l’imaginaire a été réhabilité, on lui reconnaît une part importante dans la construction sociale de la réalité. Dans une période relativement courte, il devient objet d’étude dans divers domaines : histoire, philosophie, sciences politiques, sociologie, religion, psychologie, en se dissociant des significations « communes », illusoires, chimériques, etc. L’imaginaire social est un produit fort complexe en perpétuelle mutation, fait de symboles linguistiques et culturels qui résultent des aspirations, des croyances, des stéréotypes, des idéaux et qui les conditionnent. L’imaginaire désigne l’ensemble des éléments qui s’organisent en une unité significative pour un groupe donné, mais à son insu.

3L’imaginaire collectif comme principe d’ordonnancement des conduites sociales des groupes institués contribue à la théorisation de l’articulation entre espace individuel et champ social, entre processus psychiques et logiques collectives.

4Les concepts d’idéologie, de représentation et d’imaginaire permettent de comprendre les interférences dynamiques entre des entités psychiques et sociales. Les « figures » de l’imaginaire sont les modes d’appréhension de la réalité par le sujet et, en même temps, des productions collectives ; elles reflètent et construisent les réalités présente et future.

5L’imaginaire fonctionnant comme ordonnancement du monde pour les individus et les groupes fournit un schéma collectif d’interprétation des expériences individuelles complexes et variées (Durand, 1960) signifiant la même chose pour les membres de la société (Castoriadis, 1975).

6Inhérent à toute société, le pouvoir assure sa pérennité dans la lutte contre le désordre et les conflits autodestructifs par des contraintes, mais aussi par des véhicules symboliques et mythiques, autrement dit par l’apport de l’imaginaire.

7Lamizet fonde sa lecture de l’imaginaire sur l’articulation du réel, du symbolique et de l’imaginaire : le réel en tant qu’instance du pouvoir faite de confrontations dans l’espace public ; le symbolique en tant qu’instance de la représentation relevant d’un code de rituels, pratiques et discours qui exige une interprétation ; l’imaginaire en tant qu’instance de paroles, sons et images construits indépendamment de la réalité (p. 14). L’auteur se propose de réhabiliter l’imaginaire politique rejeté hors de la rationalité car trop souvent considéré comme part d’ombre de la politique ou de l’impensé du politique (p. 15).

8Le projet de relecture de l’imaginaire politique proposé par Lamizet est basé sur une « bémolisation » des polarités ; « dans cette approche imaginaire de l’espace politique, l’espace public de la réalité et de l’événement se confond avec l’espace symbolique de l’énonciation et de la communication » (p. 23). En se fondant sur la logique « d’adhésion du sujet aux projets et aux expressions des pouvoirs et des institutions » (p. 24), l’auteur met en évidence les conséquences de la disparition de la distance critique entre l’action et le débat dans l’espace public, tels les fanatismes et les logiques imaginaires ou encore la confusion entre la réalité et ses représentations (p. 25). Mais en dépit de cette disparition, l’imaginaire demeure nécessaire étant donné qu’il peut maîtriser par le symbolique et la mémoire des informations concernant le présent, le passé ainsi que le futur, ce qui peut l’instituer comme un contre-pouvoir (p. 29).

9Dans le troisième chapitre de son ouvrage, « La suspension des médiations », l’auteur met l’accent sur le déficit de distanciation entre trois instances : le réel, le symbolique et l’imaginaire dans bon nombre d’événements politiques contemporains. Par exemple, l’échec des États-Unis en Irak où l’on a substitué une conception imaginaire de la démocratie à une réalité qu’ignoraient les décideurs (p. 55) ; ce même déficit sous-tend les cultes de la personnalité tel le célèbre « L’État c’est moi », ainsi que la confusion entre le destinateur et le destinataire. Il convient de mentionner ici la pertinence de l’utilisation des concepts et des méthodes sémiotiques dans l’interprétation des faits et des pratiques politiques — par rapport à la sociologie — qui nous aident à comprendre les stratégies des acteurs et les pratiques de ceux qui subissent la « rationalité » politique. La sémiotique offre des concepts et des méthodes « permettant de penser l’expression et les modes de représentation mis en œuvre dans l’imaginaire politique » (p. 28) puisque « [l]e seul fait de s’exprimer suffit dans l’imaginaire politique à établir le pouvoir de celui qui s’exprime » (p. 67).

10L’auteur ne manque pas de dissocier l’espace public du débat autour de la confrontation et de l’élaboration des identités politiques, ayant comme mode majeur d’énonciation la parole ou l’écriture, de l’espace public de l’imaginaire, espace où la politique est un spectacle et dans lequel le mode d’expression est l’image ou l’écriture imagée (p. 45).

11Selon Lamizet, « les acteurs et les identités politiques se définissent toujours à la fois par les pratiques qu’ils mettent en œuvre et par les futures qu’ils imaginent pour la société dans laquelle ils se trouvent » (p. 67). Autrement dit, « l’identité politique n’aurait de sens sans l’articulation et l’expression d’une instance imaginaire » (p. 68). L’imaginaire politique se définit par un lien significatif entre deux médiations : la médiation entre le temps long et le temps court et celle entre le singulier et le collectif. L’auteur ne manque pas d’illustrer par des exemples emblématiques l’articulation de ces médiations. Ainsi le fameux discours d’Obama en 2008 est-il évoqué pour exemplifier la médiation entre le temps court et le temps long (l’insistance sur l’histoire), alors que la médiation entre le singulier et le collectif se lit à partir du syntagme notre génération (p. 68).

12La dimension politique de l’imaginaire est fondamentalement une « logique du projet » (p. 76) et la même triade déjà évoquée est à l’œuvre dans l’imaginaire du champ d’exercice du pouvoir.

Son champ symbolique est l’ensemble des représentations et des expressions de ce pouvoir. Son champ réel est l’ensemble des espaces des temps, des personnes, sur qui s’exerce le pouvoir ou sur lesquels il exerce son emprise. Enfin ce que l’on peut appeler le champ imaginaire du pouvoir désigne l’ensemble des projets visés par les acteurs du pouvoir (p. 77).

13Dans son chapitre 4, « Sémiotique imaginaire des identités politiques », Lamizet réutilise et valorise des concepts fondamentaux de la sémiotique française telle l’intertextualité de Julia Kristeva (1969) : l’imaginaire politique est composé

d’une intertextualité multiple et complexe qui articule information, le discours des médias et la littérature, le discours politique et la fiction, l’écriture et l’image et les autres systèmes d’expression et de représentation. L’imaginaire politique est fait d’une multiplicité de langages et de modes d’expression qui l’inscrivent en quelque sorte par définition dans les structures et les codes de l’intertextualité (p. 72).

14L’imaginaire étant l’une des instances qui fondent l’identité, la réflexion ne pouvait pas ne pas s’attarder sur des figures de l’identité telles que l’identité imaginaire du peuple ; le peuple n’intervient pas dans les récits comme un acteur politique, mais comme une abstraction à laquelle tout acteur peut s’identifier (p. 325). La réflexion sur le peuple (opposé à la classe sociale ou à l’« acteur incarné ») est pleinement justifiée dans le contexte actuel de consolidation des rhétoriques populistes et au moment où se figent les identités ethniques, politiques, religieuses. On aurait souhaité que soit développée l’idée suivante : « Le populisme est une forme de confrontation politique entre acteurs dans laquelle les identités qui s’opposent les unes aux autres représentent des formes imaginaires de l’appartenance et de la sociabilité » (p. 329).

15En fait, chacun des chapitres mériterait un développement ultérieur tant il est ancré dans les questions sociétales les plus actuelles (voir les chapitres « Imaginaire et mythe », « L’imaginaire politique et le religieux », « Les thématiques de l’imaginaire politique », « Imaginaire et crise », « Imaginaire, rhétorique, propagande »). À la fin d’un livre ouvert (dans le sens d’Umberto Eco) tant par la thématique que par les nombreuses pistes tracées, la conclusion (trop courte, selon nous) insiste à juste titre sur le travail réflexif et critique que le lecteur doit prolonger à partir du concept si généreux qu’est l’imaginaire qui fonde la mémoire, l’histoire, le mythe en se constituant comme principe explicatif du monde et leçon morale (comme de la fable) du passé.

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Bibliographie

CASTORIADIS, Cornelius (1975), L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil.

DURAND, Gilbert (1960), Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Presses universitaires de France.

KRISTEVA, Julia (1969) Séméiôtiké : recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil.

LAMIZET, Bernard (2000), La médiation culturelle, Paris, L’Harmattan, Coll. « Communication ».

LAMIZET, Bernard et Ahmed SILEM (1997), Dictionnaire encyclopédique des sciences de l’information et de la communication, Paris, Ellipses.

LAMIZET, Bernard et Pascal SANSON (1998), Les langages de la ville, Paris, Parenthèses Éditions, Coll. « Eupalinos ».

MAFFESOLI, Michel (2013), Imaginaire et postmodernité, Paris, Éditions Manucius.

MUSSO, Pierre (2013), « Préface » dans Michel MAFFESOLI, Imaginaire et postmodernité, Paris, Éditions Manucius.

WEYMOUTH, Anthony et Bernard LAMIZET (1999/1996), Markets and Myths: Forces of Change in the European Media, New York, Routledge.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Daniela Roventa-Frumusani, « Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique », Communication [En ligne], vol. 33/2 | 2015, mis en ligne le 27 janvier 2016, consulté le 29 janvier 2017. URL : http://communication.revues.org/5958

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Auteur

Daniela Roventa-Frumusani

Daniela Roventa-Frumusani est professeure à la Faculté de journalisme et de sciences de la communication de l’Université de Bucarest. Courriel : danifrumusani@yahoo.com

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De la Postcolonie à la Mondialisation néolibérale

UN  LIVRE  QUI  VAUT  LA  PEINE,

Par ce courriel, je tiens à annoncer la parution imminente aux Éditions l’Harmattan à Paris de mon prochain ouvrage intitulé : « De la Postcolonie à la Mondialisation néolibérale. Radioscopie éthique de la crise négro-africaine contemporaine ». J’ai essayé de procéder à une auscultation éthique et politique de la crise négro-africaine postcoloniale en adoptant une posture pluridisciplinaire.

Un livre publié échappe à son auteur et acquière de facto son autonomie. Alors je souhaite vivement qu’il suscite un débat critique, franc, ouvert, honnête et fécond.  Pour nos collaborateurs et collaboratrices qui habitent en Europe et aux Antilles, ils pourront s’adresser directement aux Éditions l’Harmattan à Paris et à son impressionnant réseau de distribution en Europe et dans le monde. Pour ceux qui habitent en Afrique, ils pourront aussi s’adresser aux maisons de l’Harmattan dans plusieurs capitales africaines (Ouagadougou, Kinshasa, Conakry, Abidjan, Nouakchott, Yaoundé, Libreville…). Toutes les autres capitales africaines ont des librairies et des universités qui sont en réseau et en étroite collaboration avec les Éditions l’Harmattan à Paris. Pour ceux qui habitent le Canada et les États-Unis d’Amérique (l’Amérique du Nord), ils peuvent aussi s’adresser à leurs librairies locales ou acheter directement sur Internet sur le site de l’Harmattan ou d’autres sites en ligne. Mais pour ceux qui habitent le Canada, plus spécialement dans la région de la Capitale nationale (Ottawa-Gatineau), et qui participent aux conférences mensuelles du Cerclecad à l’Université d’Ottawa, il y aura le lancement officiel avec la dédicace de l’auteur, lors de notre dernière conférence avant la pause estivale, le samedi 25 juin 2011 à 15H00 dans la salle du Sénat de l’Université d’Ottawa. Mais ceux qui vivent au Canada loin de la région de la capitale nationale, et veulent tout de même avoir la dédicace de l’auteur, ils peuvent me contacter au courriel (benkung01@yahoo.fr) pour que je leur expédie l’ouvrage à l’adresse postale qu’ils m’auront communiquée, moyennant un chèque qui comprendra le prix de l’ouvrage et les frais d’envoi. J’attends la fixation du prix par les librairies du Canada pour que je communique le prix officiel en dollars canadiens de cet ouvrage important. Pour tous les autres, ils peuvent toujours se procurer l’ouvrage soit par Internet, soit en le commandant à leurs librairies respectives. À Ottawa, je ferai un dépôt de livres à la librairie de l’Université Saint Paul d’Ottawa (223, Rue Main).

 Je ne peux pas finir ce courriel sans souhaiter à toutes les mères du monde entier une « joyeuse fête des mères » et beaucoup de joie dans leur maternité. Cette « maternité » qui continue à constituer un danger de mort dans la plupart des pays africains à cause des conditions sanitaires désastreuses, doit constituer un sujet de réflexion en vue d’une action politique d’envergure dans les pays africains fortement bousculés et rongés par les crises de la postcolonie et de la mondialisation néolibérale. Dans ces temps critiques et périlleux pour la plupart des pays africains de la postcolonie, le plaidoyer pour un « leadership féminin » fort devient un enjeu politique, éthique et philosophique primordial.

Dans tous les pays africains, sans le sens exceptionnel de débrouillardise et d’ingéniosité pratique des femmes dans la prise en charge quotidienne de la « survie » de nos familles, il y a longtemps que l’Afrique serait déjà disparue du globe terrestre. L’échec du leadership des hommes politiques africains, autocrates, kléptocrates et mégalomanes, depuis 50 ans des « indépendances de pacotille » est tellement patent, qu’il ne requiert plus de discussions oiseuses. Ce dont il s’agit de promouvoir aujourd’hui, dans nos communautés d’Afrique et des diasporas, c’est le renforcement de ce leadership féminin déjà à l’œuvre dans nos communautés noires de partout.

Le Cerclecad travaille avec intrépidité à l’émergence d’un tel leadership féminin, qui soit en même temps éthique, intellectuel et spirituel. En travaillant avec des femmes qui veulent devenir des actrices politiques et intellectuelles de leur propre émancipation et de celle de leurs enfants africains, le Cerclecad apporte sa modeste contribution dans le vaste chantier de la Renaissance africaine. C’est avec ces paroles que je dis « Joyeuse et Heureuse fête » à toutes nos mamans et nos mères par qui Dieu nous promus dans la Vie comme des vivants pour sa plus grande gloire.

Pour ceux qui habitent Ottawa, je vous attends nombreux et nombreuses à notre conférence de cat après-midi à l’Université d’Ottawa, sur la « crise politique en Côte d’Ivoire : Interpellations éthiques et politiques pour l’Intelligentsia africaine ».

Bonne fête des mères et Bon Week-end à tous et toutes !

Votre serviteur Benoît Awazi Mbambi Kungua

Président du Cerclecad.

APRES LA TUNISIE A QUI LE TOUR

Un nouveau virus contre les pouvoirs dictatoriaux

Un nouveau monde est entrain de naître, un nouveau contexte international est entrain d’émerger, une nouvelle génération citoyenne, consciente et informée surgit des cendres des dictatures.  Une génération qui ne se réfugie dans des accusations passéistes pour justifier ses misères actuelles, une génération qui rejette la résignation et la fatalité, une génération prompte à réagir, à rechercher les vraies causes et à trouver des solutions appropriées.  Un nouvel ordre mondial géo-relationnel est entrain de jaillir. Un renversement d’organigramme politique s’impose peu à peu.  Le peuple prend sa revanche pour s’imposer désormais comme interlocuteur de ses serviteurs les dirigeants.

 

Malgré la répression sanglante, des jeunes tunisiens, égyptiens, et libyens  viennent de prouver au monde entier leur témérité.  La jeunesse d’aujourd’hui a l’immense privilège de voyager et voir le fonctionnement du monde occidental.  Ils font des comparaisons et se rendent compte que certains dirigeants politiques sont des fossoyeurs de leur propre Nation.  Ils instrumentalisent la religion, le racisme, le sentiment nationaliste, les diversités culturelles pour régner sans fin.  Le pouvoir est pour eux un acquis et un héritage.  Ils ne sont pas au pouvoir pour servir mais plutôt pour se servir.  Le pouvoir devient un moyen d’enrichissement rapide, un tremplin pour se faire connaitre et être connu.

 

Petit à petit les détenteurs du pouvoir confondent leur être et le pouvoir qu’ils gèrent.  Leurs affaires privées deviennent des secrets d’Etat.  L’armée, supposée protégée la république devient une milice au service des gouvernants.  Certains sont payés dans l’armée pour mater toute opposition aux idées des dirigeants.  La presse est prise en otage.  Certains religieux sont soudoyés pour encenser le pouvoir en place.  Les enseignants et universitaires sont attaqués, disqualifiés, intimidés dans leur vie privée pour les inciter à soutenir les idées  et sottises du pouvoir.  Les opposants sont taxés d’espions, des contre-révolutionnaires, des rebelles, etc.  Les courtisans sont qualifiés des héros.

 

Le développement de la population devient un tabou.  On nourrit la population des promesses irréalistes.  On s’éloigne d’elle et on ne revient vers elle que à l’approche des élections.  On sous-estime sa capacité de révolte et on compte sur l’appui de Paris, de Washington, de Londres, de Pékin, de Luanda, etc. pour se maintenir à tout prix au pouvoir.  Le pays est géré avec un amateurisme qui frise l’incompétence au sommet de l’ETAT.  Les décisions politico-économiques paralysent davantage l’économie au lieu de libérer la croissance.  Celles-ci favorisent l’enrichissement des proches du pouvoir qui sont des hommes d’affaires au lieu de protéger le développement national.  On préfère importer que d’encourager les entreprises à s’installer sur place.  Celles qui parviennent à s’installer dans le pays sont victimes des tracasseries organisées par ceux du sérail.  L’’insuffisance d’entreprises génère le chômage et le malaise social s’ensuit.

 

Il ne suffit plus d’invoquer « le complot étranger, l’ingérence, le risque de l’extrémisme islamique, etc. » pour amadouer les populations et la Communauté Internationale.  La vague des contestations qui déferle la chronique est l’expression d’un profond malaise planétaire.  Les peuples du monde entier, de plus en plus  instruits et informés, souhaitent vivre conformément à la dignité humaine.  L’Histoire leur apprend qu’au nom de la nation, de la tribu, de la couleur et de l’identité, les dirigeants politiques, appuyés par des lobbies économiques et industriels, divisent pour se maintenir au pouvoir et jouir des privilèges liés à la gestion de la chose publique.

 

Evidemment, les Etats policiers et sans Etat, dont les dirigeants considèrent le pays comme une propriété privée, les pays dirigés sans réels contrepouvoirs, sans plans ni projets réfléchis, sans dialogue, ‘pilotés’ sans boussole et avec des parlements soumis à la cause des chefs et des intérêts machiavéliques, niant la souveraineté du peuple, etc. savent s’organiser pour mater violemment les populations.  Ils n’hésitent pas d’utiliser des mercenaires et milices afin d’éradiquer toute forme d’insurrection populaire.  Mais petit à petit le monde change.  Les carnages ne sont plus possibles sans s’attendre aux menaces de la nouvelle épée de Damoclès, « la Cour Pénale Internationale ».  Les forces de l’ordre sont désormais conscientes qu’elles peuvent être inquiétées par la Communauté Internationale dès lors qu’une seule personne est tuée dans des conditions floues et volontairement maquillées par les forces du désordre.  Le cas récent de Floribert CHEBEYA en République Démocratique du Congo en constitue bien la preuve et fera école pour certains qui ne pourront plus dire qu’ils n’étaient pas avertis.

 

Il est grave et préoccupant d’entendre plusieurs dirigeants et leaders d’opinion occidentaux dire que ce qui vient de se passer était imprévisible.  Aucun peuple sur la terre n’accepte l’humiliation et l’exploitation.  Aucun peuple, fut-il illettré, ne tolérerait être en permanence un jouet politique de ses dirigeants qui lui font croire qu’il vit dans un paradis artificiel ou dans un enfer réel, au nom de Dieu, de la religion, de l’idéologie, etc.  Tout mépris du peuple aboutit à long terme à la révolte.  Pendant longtemps les régimes ont su contenir les contestations pour assurer la longévité de leur pouvoir en utilisant des peurs infondées, des émeutes, des guerres tribales, de la famine, etc.  Ils oublient qu’un ventre affamé n’a point d’oreille et un esprit enfermé et sans liberté n’obéit point.

 

Tout pouvoir politique dont la survie politique est liée à la peur et aux intimidations finit par être vomis et rejeté par la population.  C’est une forme de lâcheté politique que de croire que les fraudes électorales peuvent faire changer l’opinion publique qui réclame plus de justice sociale et plus de professionnalisme dans la gestion de la Cité.   S’attendre à la soumission perpétuelle des peuples est un leurre.  Il n’existe pas d’opium pour endormir des jeunes sans perspectives et sans travail.  La volonté de changement continuera à se manifester par des furies populaires tant que le patrimoine commun sera confisqué par des dirigeants prédateurs.  Des bombardements, des emprisonnements arbitraires et forfaitaires, des empoisonnements, des asphyxies économiques… ne suffiront plus pour ramener de l’ordre par la force.

 

Une nouvelle révolution mondiale avec des effets imprévisibles est en marche.  Elle a un effet boule de neige qui va de la Tunisie à Washington en passant par Pékin, Paris, Yaoundé, Lomé, etc.  Des populations déterminées se battront désormais non plus avec les armes lourdes et gaz lacrymogènes, mais avec des armes intellectuelles et idéologiques plus puissantes.  Les nouvelles armes des populations s’appellent :

–         les nouvelles technologies de la communication rapide et de l’information multicolore

–         la mondialisation et la globalisation des données et des échanges multisectoriels

–         la conscience planétaire de l’interdépendance

–         Les instruments juridiques internationaux

–         La démocratisation de l’éducation, de la formation et de l’information

–         L’alter mondialisme

–         La fin des monopoles scientifiques, industriels, technologiques, intellectuels, religieux, etc.

–         L’Internet

–         Une certaine primauté donnée à la raison et au débat contradictoire argumenté.

 

Sommes-nous entrain d’aller vers le chaos et l’insécurité planétaire, vers la lutte des classes prédit par le prophète-athée  Karl Marx ?  Je ne pense pas.  Nous allons simplement vers un nouveau monde dans lequel le sort des dirigeants est scellé.  Les peuples leur demandent déjà avec fermeté de rendre compte de leur gestion, des faveurs qu’ils donnent à leurs proches, des intérêts économiques et stratégiques réels qu’ils défendent.

 

Nous allons certainement vers la fin des parlements tels que nous les connaissons encore aujourd’hui.  Désormais la société civile organisée arrachera le pouvoir des parlementaires et se défendra elle-même.  Les insurrections seront monnaies courantes.  Les Journées Nationales et/ou Internationales de la Colère contre les crimes et génocides économiques, politiques, culturels  et scientifiques imposeront des nouvelles normes de gestion de la planète.  Le capitalisme sauvage sera poli pour en faire un libéralisme citadin.  Un nouveau leadership international s’imposera de lui-même.  Le règne de l’arrogance en politique vient de prendre fin.  Les politiques redeviendront des serviteurs et cesseront d’être des dirigeants.  Ils joueront désormais le rôle du gardien de la maison et non du maître de la maison.

 

Les populations se soucieront d’elles-mêmes et se battront pour préserver la vie collective.  Une nouvelle tumeur idéologique vient de ronger la croyance selon laquelle les peuples ont peur et se soumettent à leurs dirigeants.  Désormais ce sont les dirigeants qui ont peur des peuples.  Le nouveau millénaire s’oppose à la diversion et à l’arrogance politicienne.   Il tirera à l’arme lourde sur les injustices, les conspirations internationales, l’absence de liberté et de démocratie, l’exploitation aveugle des matières premières sans souci des générations futures, les coquilles politiques vides et sans raison d’être.

 

Les séismes et secousses politiques qui viennent de commencer et sèment déjà la panique dans tous les milieux décisionnels, ne s’arrêteront pas aux pays africains et pauvres de la planète.  Ce mouvement touchera bientôt l’Europe, l’Amérique du Nord et les dragons d’Asie.  On entend souvent lors des campagnes les citoyens européens se plaindre de bureaucratie bruxelloise qui décide sans consulter les peuples.  Ce mouvement défiera la conception actuelle de l’exercice du pouvoir qui donne tant de pouvoir de décision sur le devenir collectif aux dirigeants, fussent-ils charismatiques. Ce nouveau mouvement révolutionnaire défiera tous les régimes de fer qu’ils soient religieux, culturels, politiques, sociaux, militaires et sécuritaires.  Les défections et dissidences deviendront une règle d’or et la loyauté en politique risque de trouver dans ce nouveau contexte une nouvelle définition.  Au lieu de mater violemment la contestation, il faut plutôt apprendre à convaincre des peuples qui n’acceptent plus d’être traité comme des mineurs.

 

Des déclarations qui manquent de clarté et de nombreux discours sans complément d’objet direct  ne suffiront plus pour calmer les populations.  La nouvelle conscience planétaire est sur les dents.  Elle exigera de plus en plus des gels des avoirs des dirigeants, la suppression de l’immunité qui protègerait  les nouveaux « dirigeants », elle s’opposera à des amendements constitutionnels qui ne visent que la conservation et la pérennisation du pouvoir.  Les nouvelles facilités qu’apportent les technologies de la communication rapide et de l’information multicolore portent en elles les germes d’un cancer politique de destruction massive des anciens fondements de la société.  Si les sages du monde ne parviennent pas à analyser avec force détails ces nouveaux changements, le monde va irréversiblement vers le chaos, l’insécurité et des révoltes en cascade. Bref, un nouveau monde vient de naître, bien sûr de l’Afrique, qui, une fois de plus s’impose comme le berceau de la Nouvelle Humanité.

 

Vive le nouveau siècle qui inaugure un nouveau monde qui s’impose comme démocratique ou qui disparaîtra à force de résistance.

Jean  KAZADI

https://conseilsgratuits.wordpress.com/

DIEU CRUCIFIE EN AFRIQUE

BENOIT  AWAZI

Le Monde Diplomatique de Juillet 2009, Lectures p. 24.

 AFRIQUE.

 Le Dieu Crucifié en Afrique et Panorama des Théologies négro-africaines anglophones.

Benoît Awazi Mbambi Kungua

L’Harmattan, Paris, 2008, deux tomes : respectivement 330 pages, 31 euros, et 283 pages, 27,50 euros.

Théologien érudit, l’auteur propose une interprétation de la crise africaine, qu’il date de l’« irruption de la modernité occidentale au XVIe siècle » – traite, esclavage, colonisation, néocolonialisme. L’élaboration d’une théologie de la libération holistique devant, selon lui, permettre le dépassement de la médiation épistémologique, politique du christianisme colonial.

La tâche peut paraître rude si l’on songe aux conditions de l’accueil de l’Evangile par les Africains ; celles d’un « processus barbare et déshumanisant d’annihilation anthropologique ». Contrairement à l’Amérique latine, où l’éclosion d’une pensée chrétienne libératrice s’est située dans la lutte de la majorité de paysans pauvres contre une minorité capitaliste rapace, en Afrique noire c’est l’homme lui-même qui a été vidé de son humanité, qui a été « annihilé », écrit-il.

D’où la spécificité d’une théologie africaine de la libération, et l’émergence d’un « christianisme solidement arrimé dans la culture, la métaphysique et la mystique négro-africaine ». Un terrain fertile, dont ont surtout profité les Eglises évangéliques du spectacle importées des Amériques.

 Augusta Conchiglia.

PARTAGEONS LE SAVOIR

Il m’ arrive le plus souvent de me dire que le retard de l’Afrique dans les domaines technologiques et scientifiques est lié à l’égoïsme.  Les africains ne partagent pas assez le savoir entre eux.  Il y a un lien intrinsèque entre le savoir et le développement.  L’ignorance coûte excessivement chère à nos pays.

Nous recherchons souvent des fausses solutions, nous travaillons sans méthode, nous formulons mal nos questions, etc. parce que nous sommes ignorants.  Il importe dès lors d’accélérer le renforcement des capacités de nos populations et de nos leaders en leur fournissant des bases de données disponibles en permanence et répondant de manière concrète aux multiples questions quotidiennes.

Par ailleurs, cela réduirait rapidement les discriminations et écarts créés par l’école occidentale.  Pour contribuer à cet effort, je sollicite tous ceux qui ont des informations utiles, de nous les envoyer afin que nos lecteurs sachent où trouver telle ou telle information pertinente.  Je pense à une forme d’annuaire qui canaliserait les lecteurs dans leurs lectures, leurs options culturelles, intellectuelles, scientifiques et  techniques.

Je sais que tout le monde a une information utile et pertinente à fournir à quelqu’un d’autre.  mais nous ne savons pas toujours celui qui a besoin de notre information.  Parfois nous avons même des choses à donner et nous ne connaissons  pas la personne qui en a besoin.  Osons profiter de l’Internet pour manifester notre générosité et accélérer la démocratisation du savoir sur la terre.

Conseilsgratuits est disposé à servir d’intermédiaire.  Envoyez-nous de l’information utile et nous la diffuserons gratuitement.

Jean KAZADI