L’imaginaire politique

Lectures

Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique

Paris, Hermes-Science Lavoisier, Coll. « Forme et sens »
Daniela Roventa-Frumusani

Référence(s) :

Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique, Paris, Hermes-Science Lavoisier, Coll. « Forme et sens »

Texte intégral

1À l’époque de l’émergence de la culture visuelle (outdoors, Facebook, etc.), la réflexion sur la narrativité, les mythes, l’imaginaire continue d’occuper les chercheurs ; l’imaginaire « est fait de récits et d’univers d’images toujours plus complexes et se déplie au pluriel » (Musso, 2013 : 1). Sémioticien spécialisé dans le langage politique et celui des villes ainsi que dans l’identité et la communication surplombant les pratiques les plus diverses (1997 ; 1998 ; 1999 ; 2000) , Bernard Lamizet se propose de resémantiser l’imaginaire sous plusieurs « angles » d’entrée tels la médiation, le mythe, le religieux, l’esthétique, la fiction ou le pouvoir, la crise, la rhétorique.

2Après une longue période de peur panique devant l’image (l’iconoclasme des temps anciens), nous assistons au revirement de l’image sous les formes les plus diverses (image photographique, image picturale, image graphique, image mentale) à même de relier les individus. Selon Gilbert Durand (1960), la raison et la science ne relient que des choses ; ce qui relie les gens, ce sont les représentations affectives qui constituent l’empire des images. Le grand spécialiste français de l’imaginaire Michel Maffesoli (2013) considère l’image comme un mésocosme entre le microcosme personnel et le macrocosme collectif. Avec Durand, l’imaginaire a été réhabilité, on lui reconnaît une part importante dans la construction sociale de la réalité. Dans une période relativement courte, il devient objet d’étude dans divers domaines : histoire, philosophie, sciences politiques, sociologie, religion, psychologie, en se dissociant des significations « communes », illusoires, chimériques, etc. L’imaginaire social est un produit fort complexe en perpétuelle mutation, fait de symboles linguistiques et culturels qui résultent des aspirations, des croyances, des stéréotypes, des idéaux et qui les conditionnent. L’imaginaire désigne l’ensemble des éléments qui s’organisent en une unité significative pour un groupe donné, mais à son insu.

3L’imaginaire collectif comme principe d’ordonnancement des conduites sociales des groupes institués contribue à la théorisation de l’articulation entre espace individuel et champ social, entre processus psychiques et logiques collectives.

4Les concepts d’idéologie, de représentation et d’imaginaire permettent de comprendre les interférences dynamiques entre des entités psychiques et sociales. Les « figures » de l’imaginaire sont les modes d’appréhension de la réalité par le sujet et, en même temps, des productions collectives ; elles reflètent et construisent les réalités présente et future.

5L’imaginaire fonctionnant comme ordonnancement du monde pour les individus et les groupes fournit un schéma collectif d’interprétation des expériences individuelles complexes et variées (Durand, 1960) signifiant la même chose pour les membres de la société (Castoriadis, 1975).

6Inhérent à toute société, le pouvoir assure sa pérennité dans la lutte contre le désordre et les conflits autodestructifs par des contraintes, mais aussi par des véhicules symboliques et mythiques, autrement dit par l’apport de l’imaginaire.

7Lamizet fonde sa lecture de l’imaginaire sur l’articulation du réel, du symbolique et de l’imaginaire : le réel en tant qu’instance du pouvoir faite de confrontations dans l’espace public ; le symbolique en tant qu’instance de la représentation relevant d’un code de rituels, pratiques et discours qui exige une interprétation ; l’imaginaire en tant qu’instance de paroles, sons et images construits indépendamment de la réalité (p. 14). L’auteur se propose de réhabiliter l’imaginaire politique rejeté hors de la rationalité car trop souvent considéré comme part d’ombre de la politique ou de l’impensé du politique (p. 15).

8Le projet de relecture de l’imaginaire politique proposé par Lamizet est basé sur une « bémolisation » des polarités ; « dans cette approche imaginaire de l’espace politique, l’espace public de la réalité et de l’événement se confond avec l’espace symbolique de l’énonciation et de la communication » (p. 23). En se fondant sur la logique « d’adhésion du sujet aux projets et aux expressions des pouvoirs et des institutions » (p. 24), l’auteur met en évidence les conséquences de la disparition de la distance critique entre l’action et le débat dans l’espace public, tels les fanatismes et les logiques imaginaires ou encore la confusion entre la réalité et ses représentations (p. 25). Mais en dépit de cette disparition, l’imaginaire demeure nécessaire étant donné qu’il peut maîtriser par le symbolique et la mémoire des informations concernant le présent, le passé ainsi que le futur, ce qui peut l’instituer comme un contre-pouvoir (p. 29).

9Dans le troisième chapitre de son ouvrage, « La suspension des médiations », l’auteur met l’accent sur le déficit de distanciation entre trois instances : le réel, le symbolique et l’imaginaire dans bon nombre d’événements politiques contemporains. Par exemple, l’échec des États-Unis en Irak où l’on a substitué une conception imaginaire de la démocratie à une réalité qu’ignoraient les décideurs (p. 55) ; ce même déficit sous-tend les cultes de la personnalité tel le célèbre « L’État c’est moi », ainsi que la confusion entre le destinateur et le destinataire. Il convient de mentionner ici la pertinence de l’utilisation des concepts et des méthodes sémiotiques dans l’interprétation des faits et des pratiques politiques — par rapport à la sociologie — qui nous aident à comprendre les stratégies des acteurs et les pratiques de ceux qui subissent la « rationalité » politique. La sémiotique offre des concepts et des méthodes « permettant de penser l’expression et les modes de représentation mis en œuvre dans l’imaginaire politique » (p. 28) puisque « [l]e seul fait de s’exprimer suffit dans l’imaginaire politique à établir le pouvoir de celui qui s’exprime » (p. 67).

10L’auteur ne manque pas de dissocier l’espace public du débat autour de la confrontation et de l’élaboration des identités politiques, ayant comme mode majeur d’énonciation la parole ou l’écriture, de l’espace public de l’imaginaire, espace où la politique est un spectacle et dans lequel le mode d’expression est l’image ou l’écriture imagée (p. 45).

11Selon Lamizet, « les acteurs et les identités politiques se définissent toujours à la fois par les pratiques qu’ils mettent en œuvre et par les futures qu’ils imaginent pour la société dans laquelle ils se trouvent » (p. 67). Autrement dit, « l’identité politique n’aurait de sens sans l’articulation et l’expression d’une instance imaginaire » (p. 68). L’imaginaire politique se définit par un lien significatif entre deux médiations : la médiation entre le temps long et le temps court et celle entre le singulier et le collectif. L’auteur ne manque pas d’illustrer par des exemples emblématiques l’articulation de ces médiations. Ainsi le fameux discours d’Obama en 2008 est-il évoqué pour exemplifier la médiation entre le temps court et le temps long (l’insistance sur l’histoire), alors que la médiation entre le singulier et le collectif se lit à partir du syntagme notre génération (p. 68).

12La dimension politique de l’imaginaire est fondamentalement une « logique du projet » (p. 76) et la même triade déjà évoquée est à l’œuvre dans l’imaginaire du champ d’exercice du pouvoir.

Son champ symbolique est l’ensemble des représentations et des expressions de ce pouvoir. Son champ réel est l’ensemble des espaces des temps, des personnes, sur qui s’exerce le pouvoir ou sur lesquels il exerce son emprise. Enfin ce que l’on peut appeler le champ imaginaire du pouvoir désigne l’ensemble des projets visés par les acteurs du pouvoir (p. 77).

13Dans son chapitre 4, « Sémiotique imaginaire des identités politiques », Lamizet réutilise et valorise des concepts fondamentaux de la sémiotique française telle l’intertextualité de Julia Kristeva (1969) : l’imaginaire politique est composé

d’une intertextualité multiple et complexe qui articule information, le discours des médias et la littérature, le discours politique et la fiction, l’écriture et l’image et les autres systèmes d’expression et de représentation. L’imaginaire politique est fait d’une multiplicité de langages et de modes d’expression qui l’inscrivent en quelque sorte par définition dans les structures et les codes de l’intertextualité (p. 72).

14L’imaginaire étant l’une des instances qui fondent l’identité, la réflexion ne pouvait pas ne pas s’attarder sur des figures de l’identité telles que l’identité imaginaire du peuple ; le peuple n’intervient pas dans les récits comme un acteur politique, mais comme une abstraction à laquelle tout acteur peut s’identifier (p. 325). La réflexion sur le peuple (opposé à la classe sociale ou à l’« acteur incarné ») est pleinement justifiée dans le contexte actuel de consolidation des rhétoriques populistes et au moment où se figent les identités ethniques, politiques, religieuses. On aurait souhaité que soit développée l’idée suivante : « Le populisme est une forme de confrontation politique entre acteurs dans laquelle les identités qui s’opposent les unes aux autres représentent des formes imaginaires de l’appartenance et de la sociabilité » (p. 329).

15En fait, chacun des chapitres mériterait un développement ultérieur tant il est ancré dans les questions sociétales les plus actuelles (voir les chapitres « Imaginaire et mythe », « L’imaginaire politique et le religieux », « Les thématiques de l’imaginaire politique », « Imaginaire et crise », « Imaginaire, rhétorique, propagande »). À la fin d’un livre ouvert (dans le sens d’Umberto Eco) tant par la thématique que par les nombreuses pistes tracées, la conclusion (trop courte, selon nous) insiste à juste titre sur le travail réflexif et critique que le lecteur doit prolonger à partir du concept si généreux qu’est l’imaginaire qui fonde la mémoire, l’histoire, le mythe en se constituant comme principe explicatif du monde et leçon morale (comme de la fable) du passé.

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Bibliographie

CASTORIADIS, Cornelius (1975), L’institution imaginaire de la société, Paris, Seuil.

DURAND, Gilbert (1960), Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Presses universitaires de France.

KRISTEVA, Julia (1969) Séméiôtiké : recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil.

LAMIZET, Bernard (2000), La médiation culturelle, Paris, L’Harmattan, Coll. « Communication ».

LAMIZET, Bernard et Ahmed SILEM (1997), Dictionnaire encyclopédique des sciences de l’information et de la communication, Paris, Ellipses.

LAMIZET, Bernard et Pascal SANSON (1998), Les langages de la ville, Paris, Parenthèses Éditions, Coll. « Eupalinos ».

MAFFESOLI, Michel (2013), Imaginaire et postmodernité, Paris, Éditions Manucius.

MUSSO, Pierre (2013), « Préface » dans Michel MAFFESOLI, Imaginaire et postmodernité, Paris, Éditions Manucius.

WEYMOUTH, Anthony et Bernard LAMIZET (1999/1996), Markets and Myths: Forces of Change in the European Media, New York, Routledge.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Daniela Roventa-Frumusani, « Bernard LAMIZET (2012), L’imaginaire politique », Communication [En ligne], vol. 33/2 | 2015, mis en ligne le 27 janvier 2016, consulté le 29 janvier 2017. URL : http://communication.revues.org/5958

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Auteur

Daniela Roventa-Frumusani

Daniela Roventa-Frumusani est professeure à la Faculté de journalisme et de sciences de la communication de l’Université de Bucarest. Courriel : danifrumusani@yahoo.com

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TECHNIQUES POUR CONTROLER ET MANIPULER LA POPULATION

TECHNIQUES POUR CONTROLER ET MANIPULER LA POPULATION

La stratégie de la diversion

Elément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux. » (Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

La stratégie du dégradé

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution si ils avaient été appliqués brutalement.

La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu. Exemple récent : le passage à l’Euro et la perte de la souveraineté monétaire et économique ont été acceptés par les pays Européens en 1994-95 pour une application en 2001. Autre exemple : les accords multilatéraux du FTAA que les USA ont imposé en 2001 aux pays du continent américain pourtant réticents, en concédant une application différée à 2005.

S’adresser au public comme à des enfants en bas-age

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Exemple typique : la campagne TV française pour le passage à l’Euro (« les jours euro »). Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans. » (cf. « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être de la plus pauvre sorte, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. » (cf. « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »)

Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !…

Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Auteur Inconnu

De la Postcolonie à la Mondialisation néolibérale

UN  LIVRE  QUI  VAUT  LA  PEINE,

Par ce courriel, je tiens à annoncer la parution imminente aux Éditions l’Harmattan à Paris de mon prochain ouvrage intitulé : « De la Postcolonie à la Mondialisation néolibérale. Radioscopie éthique de la crise négro-africaine contemporaine ». J’ai essayé de procéder à une auscultation éthique et politique de la crise négro-africaine postcoloniale en adoptant une posture pluridisciplinaire.

Un livre publié échappe à son auteur et acquière de facto son autonomie. Alors je souhaite vivement qu’il suscite un débat critique, franc, ouvert, honnête et fécond.  Pour nos collaborateurs et collaboratrices qui habitent en Europe et aux Antilles, ils pourront s’adresser directement aux Éditions l’Harmattan à Paris et à son impressionnant réseau de distribution en Europe et dans le monde. Pour ceux qui habitent en Afrique, ils pourront aussi s’adresser aux maisons de l’Harmattan dans plusieurs capitales africaines (Ouagadougou, Kinshasa, Conakry, Abidjan, Nouakchott, Yaoundé, Libreville…). Toutes les autres capitales africaines ont des librairies et des universités qui sont en réseau et en étroite collaboration avec les Éditions l’Harmattan à Paris. Pour ceux qui habitent le Canada et les États-Unis d’Amérique (l’Amérique du Nord), ils peuvent aussi s’adresser à leurs librairies locales ou acheter directement sur Internet sur le site de l’Harmattan ou d’autres sites en ligne. Mais pour ceux qui habitent le Canada, plus spécialement dans la région de la Capitale nationale (Ottawa-Gatineau), et qui participent aux conférences mensuelles du Cerclecad à l’Université d’Ottawa, il y aura le lancement officiel avec la dédicace de l’auteur, lors de notre dernière conférence avant la pause estivale, le samedi 25 juin 2011 à 15H00 dans la salle du Sénat de l’Université d’Ottawa. Mais ceux qui vivent au Canada loin de la région de la capitale nationale, et veulent tout de même avoir la dédicace de l’auteur, ils peuvent me contacter au courriel (benkung01@yahoo.fr) pour que je leur expédie l’ouvrage à l’adresse postale qu’ils m’auront communiquée, moyennant un chèque qui comprendra le prix de l’ouvrage et les frais d’envoi. J’attends la fixation du prix par les librairies du Canada pour que je communique le prix officiel en dollars canadiens de cet ouvrage important. Pour tous les autres, ils peuvent toujours se procurer l’ouvrage soit par Internet, soit en le commandant à leurs librairies respectives. À Ottawa, je ferai un dépôt de livres à la librairie de l’Université Saint Paul d’Ottawa (223, Rue Main).

 Je ne peux pas finir ce courriel sans souhaiter à toutes les mères du monde entier une « joyeuse fête des mères » et beaucoup de joie dans leur maternité. Cette « maternité » qui continue à constituer un danger de mort dans la plupart des pays africains à cause des conditions sanitaires désastreuses, doit constituer un sujet de réflexion en vue d’une action politique d’envergure dans les pays africains fortement bousculés et rongés par les crises de la postcolonie et de la mondialisation néolibérale. Dans ces temps critiques et périlleux pour la plupart des pays africains de la postcolonie, le plaidoyer pour un « leadership féminin » fort devient un enjeu politique, éthique et philosophique primordial.

Dans tous les pays africains, sans le sens exceptionnel de débrouillardise et d’ingéniosité pratique des femmes dans la prise en charge quotidienne de la « survie » de nos familles, il y a longtemps que l’Afrique serait déjà disparue du globe terrestre. L’échec du leadership des hommes politiques africains, autocrates, kléptocrates et mégalomanes, depuis 50 ans des « indépendances de pacotille » est tellement patent, qu’il ne requiert plus de discussions oiseuses. Ce dont il s’agit de promouvoir aujourd’hui, dans nos communautés d’Afrique et des diasporas, c’est le renforcement de ce leadership féminin déjà à l’œuvre dans nos communautés noires de partout.

Le Cerclecad travaille avec intrépidité à l’émergence d’un tel leadership féminin, qui soit en même temps éthique, intellectuel et spirituel. En travaillant avec des femmes qui veulent devenir des actrices politiques et intellectuelles de leur propre émancipation et de celle de leurs enfants africains, le Cerclecad apporte sa modeste contribution dans le vaste chantier de la Renaissance africaine. C’est avec ces paroles que je dis « Joyeuse et Heureuse fête » à toutes nos mamans et nos mères par qui Dieu nous promus dans la Vie comme des vivants pour sa plus grande gloire.

Pour ceux qui habitent Ottawa, je vous attends nombreux et nombreuses à notre conférence de cat après-midi à l’Université d’Ottawa, sur la « crise politique en Côte d’Ivoire : Interpellations éthiques et politiques pour l’Intelligentsia africaine ».

Bonne fête des mères et Bon Week-end à tous et toutes !

Votre serviteur Benoît Awazi Mbambi Kungua

Président du Cerclecad.

APRES LA TUNISIE A QUI LE TOUR

Un nouveau virus contre les pouvoirs dictatoriaux

Un nouveau monde est entrain de naître, un nouveau contexte international est entrain d’émerger, une nouvelle génération citoyenne, consciente et informée surgit des cendres des dictatures.  Une génération qui ne se réfugie dans des accusations passéistes pour justifier ses misères actuelles, une génération qui rejette la résignation et la fatalité, une génération prompte à réagir, à rechercher les vraies causes et à trouver des solutions appropriées.  Un nouvel ordre mondial géo-relationnel est entrain de jaillir. Un renversement d’organigramme politique s’impose peu à peu.  Le peuple prend sa revanche pour s’imposer désormais comme interlocuteur de ses serviteurs les dirigeants.

 

Malgré la répression sanglante, des jeunes tunisiens, égyptiens, et libyens  viennent de prouver au monde entier leur témérité.  La jeunesse d’aujourd’hui a l’immense privilège de voyager et voir le fonctionnement du monde occidental.  Ils font des comparaisons et se rendent compte que certains dirigeants politiques sont des fossoyeurs de leur propre Nation.  Ils instrumentalisent la religion, le racisme, le sentiment nationaliste, les diversités culturelles pour régner sans fin.  Le pouvoir est pour eux un acquis et un héritage.  Ils ne sont pas au pouvoir pour servir mais plutôt pour se servir.  Le pouvoir devient un moyen d’enrichissement rapide, un tremplin pour se faire connaitre et être connu.

 

Petit à petit les détenteurs du pouvoir confondent leur être et le pouvoir qu’ils gèrent.  Leurs affaires privées deviennent des secrets d’Etat.  L’armée, supposée protégée la république devient une milice au service des gouvernants.  Certains sont payés dans l’armée pour mater toute opposition aux idées des dirigeants.  La presse est prise en otage.  Certains religieux sont soudoyés pour encenser le pouvoir en place.  Les enseignants et universitaires sont attaqués, disqualifiés, intimidés dans leur vie privée pour les inciter à soutenir les idées  et sottises du pouvoir.  Les opposants sont taxés d’espions, des contre-révolutionnaires, des rebelles, etc.  Les courtisans sont qualifiés des héros.

 

Le développement de la population devient un tabou.  On nourrit la population des promesses irréalistes.  On s’éloigne d’elle et on ne revient vers elle que à l’approche des élections.  On sous-estime sa capacité de révolte et on compte sur l’appui de Paris, de Washington, de Londres, de Pékin, de Luanda, etc. pour se maintenir à tout prix au pouvoir.  Le pays est géré avec un amateurisme qui frise l’incompétence au sommet de l’ETAT.  Les décisions politico-économiques paralysent davantage l’économie au lieu de libérer la croissance.  Celles-ci favorisent l’enrichissement des proches du pouvoir qui sont des hommes d’affaires au lieu de protéger le développement national.  On préfère importer que d’encourager les entreprises à s’installer sur place.  Celles qui parviennent à s’installer dans le pays sont victimes des tracasseries organisées par ceux du sérail.  L’’insuffisance d’entreprises génère le chômage et le malaise social s’ensuit.

 

Il ne suffit plus d’invoquer « le complot étranger, l’ingérence, le risque de l’extrémisme islamique, etc. » pour amadouer les populations et la Communauté Internationale.  La vague des contestations qui déferle la chronique est l’expression d’un profond malaise planétaire.  Les peuples du monde entier, de plus en plus  instruits et informés, souhaitent vivre conformément à la dignité humaine.  L’Histoire leur apprend qu’au nom de la nation, de la tribu, de la couleur et de l’identité, les dirigeants politiques, appuyés par des lobbies économiques et industriels, divisent pour se maintenir au pouvoir et jouir des privilèges liés à la gestion de la chose publique.

 

Evidemment, les Etats policiers et sans Etat, dont les dirigeants considèrent le pays comme une propriété privée, les pays dirigés sans réels contrepouvoirs, sans plans ni projets réfléchis, sans dialogue, ‘pilotés’ sans boussole et avec des parlements soumis à la cause des chefs et des intérêts machiavéliques, niant la souveraineté du peuple, etc. savent s’organiser pour mater violemment les populations.  Ils n’hésitent pas d’utiliser des mercenaires et milices afin d’éradiquer toute forme d’insurrection populaire.  Mais petit à petit le monde change.  Les carnages ne sont plus possibles sans s’attendre aux menaces de la nouvelle épée de Damoclès, « la Cour Pénale Internationale ».  Les forces de l’ordre sont désormais conscientes qu’elles peuvent être inquiétées par la Communauté Internationale dès lors qu’une seule personne est tuée dans des conditions floues et volontairement maquillées par les forces du désordre.  Le cas récent de Floribert CHEBEYA en République Démocratique du Congo en constitue bien la preuve et fera école pour certains qui ne pourront plus dire qu’ils n’étaient pas avertis.

 

Il est grave et préoccupant d’entendre plusieurs dirigeants et leaders d’opinion occidentaux dire que ce qui vient de se passer était imprévisible.  Aucun peuple sur la terre n’accepte l’humiliation et l’exploitation.  Aucun peuple, fut-il illettré, ne tolérerait être en permanence un jouet politique de ses dirigeants qui lui font croire qu’il vit dans un paradis artificiel ou dans un enfer réel, au nom de Dieu, de la religion, de l’idéologie, etc.  Tout mépris du peuple aboutit à long terme à la révolte.  Pendant longtemps les régimes ont su contenir les contestations pour assurer la longévité de leur pouvoir en utilisant des peurs infondées, des émeutes, des guerres tribales, de la famine, etc.  Ils oublient qu’un ventre affamé n’a point d’oreille et un esprit enfermé et sans liberté n’obéit point.

 

Tout pouvoir politique dont la survie politique est liée à la peur et aux intimidations finit par être vomis et rejeté par la population.  C’est une forme de lâcheté politique que de croire que les fraudes électorales peuvent faire changer l’opinion publique qui réclame plus de justice sociale et plus de professionnalisme dans la gestion de la Cité.   S’attendre à la soumission perpétuelle des peuples est un leurre.  Il n’existe pas d’opium pour endormir des jeunes sans perspectives et sans travail.  La volonté de changement continuera à se manifester par des furies populaires tant que le patrimoine commun sera confisqué par des dirigeants prédateurs.  Des bombardements, des emprisonnements arbitraires et forfaitaires, des empoisonnements, des asphyxies économiques… ne suffiront plus pour ramener de l’ordre par la force.

 

Une nouvelle révolution mondiale avec des effets imprévisibles est en marche.  Elle a un effet boule de neige qui va de la Tunisie à Washington en passant par Pékin, Paris, Yaoundé, Lomé, etc.  Des populations déterminées se battront désormais non plus avec les armes lourdes et gaz lacrymogènes, mais avec des armes intellectuelles et idéologiques plus puissantes.  Les nouvelles armes des populations s’appellent :

–         les nouvelles technologies de la communication rapide et de l’information multicolore

–         la mondialisation et la globalisation des données et des échanges multisectoriels

–         la conscience planétaire de l’interdépendance

–         Les instruments juridiques internationaux

–         La démocratisation de l’éducation, de la formation et de l’information

–         L’alter mondialisme

–         La fin des monopoles scientifiques, industriels, technologiques, intellectuels, religieux, etc.

–         L’Internet

–         Une certaine primauté donnée à la raison et au débat contradictoire argumenté.

 

Sommes-nous entrain d’aller vers le chaos et l’insécurité planétaire, vers la lutte des classes prédit par le prophète-athée  Karl Marx ?  Je ne pense pas.  Nous allons simplement vers un nouveau monde dans lequel le sort des dirigeants est scellé.  Les peuples leur demandent déjà avec fermeté de rendre compte de leur gestion, des faveurs qu’ils donnent à leurs proches, des intérêts économiques et stratégiques réels qu’ils défendent.

 

Nous allons certainement vers la fin des parlements tels que nous les connaissons encore aujourd’hui.  Désormais la société civile organisée arrachera le pouvoir des parlementaires et se défendra elle-même.  Les insurrections seront monnaies courantes.  Les Journées Nationales et/ou Internationales de la Colère contre les crimes et génocides économiques, politiques, culturels  et scientifiques imposeront des nouvelles normes de gestion de la planète.  Le capitalisme sauvage sera poli pour en faire un libéralisme citadin.  Un nouveau leadership international s’imposera de lui-même.  Le règne de l’arrogance en politique vient de prendre fin.  Les politiques redeviendront des serviteurs et cesseront d’être des dirigeants.  Ils joueront désormais le rôle du gardien de la maison et non du maître de la maison.

 

Les populations se soucieront d’elles-mêmes et se battront pour préserver la vie collective.  Une nouvelle tumeur idéologique vient de ronger la croyance selon laquelle les peuples ont peur et se soumettent à leurs dirigeants.  Désormais ce sont les dirigeants qui ont peur des peuples.  Le nouveau millénaire s’oppose à la diversion et à l’arrogance politicienne.   Il tirera à l’arme lourde sur les injustices, les conspirations internationales, l’absence de liberté et de démocratie, l’exploitation aveugle des matières premières sans souci des générations futures, les coquilles politiques vides et sans raison d’être.

 

Les séismes et secousses politiques qui viennent de commencer et sèment déjà la panique dans tous les milieux décisionnels, ne s’arrêteront pas aux pays africains et pauvres de la planète.  Ce mouvement touchera bientôt l’Europe, l’Amérique du Nord et les dragons d’Asie.  On entend souvent lors des campagnes les citoyens européens se plaindre de bureaucratie bruxelloise qui décide sans consulter les peuples.  Ce mouvement défiera la conception actuelle de l’exercice du pouvoir qui donne tant de pouvoir de décision sur le devenir collectif aux dirigeants, fussent-ils charismatiques. Ce nouveau mouvement révolutionnaire défiera tous les régimes de fer qu’ils soient religieux, culturels, politiques, sociaux, militaires et sécuritaires.  Les défections et dissidences deviendront une règle d’or et la loyauté en politique risque de trouver dans ce nouveau contexte une nouvelle définition.  Au lieu de mater violemment la contestation, il faut plutôt apprendre à convaincre des peuples qui n’acceptent plus d’être traité comme des mineurs.

 

Des déclarations qui manquent de clarté et de nombreux discours sans complément d’objet direct  ne suffiront plus pour calmer les populations.  La nouvelle conscience planétaire est sur les dents.  Elle exigera de plus en plus des gels des avoirs des dirigeants, la suppression de l’immunité qui protègerait  les nouveaux « dirigeants », elle s’opposera à des amendements constitutionnels qui ne visent que la conservation et la pérennisation du pouvoir.  Les nouvelles facilités qu’apportent les technologies de la communication rapide et de l’information multicolore portent en elles les germes d’un cancer politique de destruction massive des anciens fondements de la société.  Si les sages du monde ne parviennent pas à analyser avec force détails ces nouveaux changements, le monde va irréversiblement vers le chaos, l’insécurité et des révoltes en cascade. Bref, un nouveau monde vient de naître, bien sûr de l’Afrique, qui, une fois de plus s’impose comme le berceau de la Nouvelle Humanité.

 

Vive le nouveau siècle qui inaugure un nouveau monde qui s’impose comme démocratique ou qui disparaîtra à force de résistance.

Jean  KAZADI

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les droits spécifiques de la Charte africaine des droits

Source : « Afrique Renouveau », Vol.18#2, juillet 2004. Publication des Nations unies.

La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples a été adoptée en 1981 par l’organisme qui a précédé l’Union africaine (UA), l’Organisation de l’unité africaine (OUA). C’est le principal instrument relatif aux droits de l’homme dont dispose le continent.

La Charte énonce les mêmes droits individuels que ceux qui sont consacrés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies, y compris l’égalité devant la loi, la liberté d’expression, de religion et d’assemblée, le droit au travail, à la propriété et à un niveau de vie minimum, ainsi que l’accès aux soins de santé et à l’éducation et le droit de vivre à l’abri des arrestations et détentions arbitraires, des traitements dégradants et de la torture. Ces droits sont assortis de devoirs, notamment l’obligation de consolider la famille, de servir l’Etat et de travailler.

La Charte énonce également un groupe de droits et obligations « des peuples » ou collectifs, comme le droit à l’autodétermination nationale, qui sont absents de la Déclaration universelle de 1948. Ces droits, ainsi que certaines dispositions comme par exemple l’obligation faite aux Etats « d’éliminer toutes les formes d’exploitation économique étrangère » et le droit des peuples à la solidarité panafricaine dans la lutte anti-coloniale, sont le fruit de l’histoire de l’Afrique et de ce que le préambule de la Charte qualifie de « valeurs de la civilisation africaine ».

Parmi ces droits et devoirs figurent :

• le droit à l’égalité avec les autres peuples et le droit de ne pas être dominé,

• le droit à la paix et à la sécurité internationale,

• le droit des peuples opprimés de se libérer par « tout moyen reconnu par la communauté internationale »,

• le droit de maîtriser les richesses et ressources nationales « dans l’intérêt exclusif de la population, »

le droit au développement économique, social et culturel,

le droit de promouvoir et de renforcer l’unité nationale et l’Etat,

• le droit de préserver « des valeurs culturelles africaines positives, »

le droit de contribuer à la réalisation de l’unité africaine.

LES BASES D’UN AVENIR SOCIOPOLITIQUE SOLIDE SELON JEAN PAUL II

DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
À S.E. M. WILSON FLORESTAL
NOUVEL AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE DE HAÏTI
PRÈS LE SAINT-SIÈGE

 1. Je suis heureux de recevoir Votre Excellence au moment où Elle inaugure ses fonctions d’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République d’Haïti auprès du Saint-Siège. Ce moment correspond à une phase importante dans l’histoire de votre pays. Un nouveau départ vient d’être pris, de nouvelles institutions se mettent en place, de grandes responsabilités incombent à ceux qui ont mission de gérer le présent et de préparer l’avenir dans un climat de paix; le peuple continue d’aspirer à une société renouvelée.

En vous souhaitant à vous-même, Monsieur l’Ambassadeur, un fructueux accomplissement de votre mission auprès du Saint-Siège, où vous trouverez toujours compréhension et appui, je forme des vœux ardents pour votre nation et ses dirigeants, auxquels vont mes salutations cordiales.

Je pense souvent à cette rencontre, brève mais intense, que j’ai pu avoir en mars 1983 avec vos compatriotes à Port-au-Prince: j’y trouvai une population sympathique, fervente dans sa prière, manifestement avide d’un changement social. En me plaçant sur le plan moral du bien commun du peuple, je ne pouvais qu’encourager cette aspiration, déjà exprimée par les évêques. Le changement politique est apparu à vos compatriotes comme une condition préalable. Il reste maintenant à réaliser dans les structures, dans la vie quotidienne, dans les consciences, le renouveau souhaité. C’est une tâche merveilleuse et difficile que de bâtir une société démocratique, en s’appuyant sur une large participation.

2. A vrai dire, votre pays n’est pas démuni pour l’affronter, et l’entreprise est déjà amorcée. Le sens des droits de l’homme, celui de la justice, celui de la liberté demeuraient vifs comme la volonté de participation. Beaucoup désiraient y prendre leurs responsabilités, même s’ils avaient peu l’occasion de s’y former. Par ailleurs, toute une œuvre d’alphabétisation, où l’Eglise a assumé largement sa part, a été mise en route. Assurer l’instruction et l’éducation au plus grand nombre dans un pays semble en effet indispensable à la préparation d’un avenir meilleur: c’est là que s’acquièrent l’ouverture d’esprit aux réalités du monde et aux cultures, les bases d’une formation professionnelle, le sens critique qui favorise la liberté, le sens civique qui fait prendre conscience des droits et des devoirs de chacun, des solidarités.

3. Aujourd’hui, c’est toute la structure d’une nouvelle société qu’il s’agit de préparer, avec les instruments politiques adéquats, pour assurer le bien commun de façon stable et juste, selon les fonctions qui reviennent à l’Etat, au Gouvernement, aux Corps intermédiaires, sous la garantie d’une Constitution sage et équitable. Le choix des systèmes, des moyens et des forces politiques appartient aux citoyens et à leurs représentants désignés. L’Eglise, en Haïti comme ailleurs, respectera ce choix qui n’est pas de sa compétence.

Mais il lui est permis – et il est de son devoir – de rappeler les valeurs morales qui doivent inspirer la conduite des affaires, afin que le peuple y trouve son bien et un réel progrès, selon le dessein de Dieu sur la société. A ce niveau, le Saint-Siège a vivement apprécié que les évêques de la Conférence épiscopale haïtienne aient publié, en juin dernier, une “Charte fondamentale pour le passage à une société démocratique selon la doctrine et l’expérience de l’Eglise”. En dehors de tout esprit de parti, les principes et les précieuses réflexions qui y figurent pourront aider les catholiques – qui constituent la majorité des citoyens – et aussi les autres hommes de bonne volonté à se préparer à des décisions et à des engagements responsables, dans l’intérêt de tous.

4. Qui ne souhaiterait en effet voir affermis chez ceux qui sont appelés à exercer une charge, comme chez les autres citoyens, le sens du bien commun de tous, le souci particulier des pauvres et des catégories défavorisées, la compétence, l’honnêteté, l’affranchissement de toute corruption, le courage, la vérité, la volonté de justice sociale, le respect des personnes, de leurs biens, de leur réputation, de leur vie, bref l’esprit de service désintéressé à la recherche des meilleures conditions de vie pour tous?

Il n’est pas si facile d’équilibrer la nécessaire autorité de l’Etat, la garantie de la sécurité, avec le respect des libertés fondamentales et des initiatives des Corps intermédiaires selon une subsidiarité bien comprise. C’est bien pourtant ce à quoi aspire votre noble nation, loin des totalitarisme, loin des régimes qui imposent une idéologie aux dépens des droits de l’homme, loin aussi de l’anarchie, de la lutte des intérêts particuliers ou des privilèges de la richesse gérée dans l’égoïsme et l’insouciance à l’égard des pauvres.

Puisse enfin le climat de collaboration pacifique s’affermir! Les citoyens et les partis qui aiment leur patrie comprennent certainement la nécessité de tourner la page sur les erreurs du passé, de se réconcilier, et de s’unir sincèrement pour sauver la nation et promouvoir son avenir démocratique sans rechercher une hégémonie personnelle et sans céder aux tentations de violence et de luttes intestines.

5. L’Eglise apporte surtout sa contribution à la formation des consciences, afin que les laïcs chrétiens exercent au mieux leurs responsabilités civiques et sociales. Elle est également disponible pour prêter son concours, dans la mesure de ses moyens et sans prétention de suppléance, aux œuvres qui présentent un caractère d’urgence et une importance particulière: poursuivre l’alphabétisation, collaborer à la formation des responsables compétents dans les différents domaines, garantir et promouvoir la vie familiale, assurer les soins nécessaires.

6. Enfin le Saint-Siège, qui participe d’une façon spécifique à la vie internationale, souhaite que la République d’Haïti bénéficie, dans le concert des nations, de la bienveillance et de l’entraide des autres partenaires de la communauté mondiale et des organisations internationales, dans des conditions compatibles avec sa dignité, son indépendance, sa liberté.

L’entreprise humaine que je viens d’évoquer, Monsieur l’Ambassadeur, ne pourra sans doute pas trouver sa pleine réalisation dans l’immédiat. Il importe d’assurer les bases d’un avenir solide, avec toutes les garanties inspirées par la prudence et par l’équité, sans que pour autant des intérêts sectaires ou des groupes de pression ne profitent du délai pour détourner du but. Le Saint-Siège est sûr que le peuple haïtien, qui a déjà montré sa maturité dans un bouleversement difficile, saura faire face à son destin, et il lui apporte tous ses encouragements.

Pour ma part, je prie l’Esprit de sagesse et d’amour de favoriser la réussite de ce grand projet, et d’inspirer tous ceux qui y coopèrent. Et j’invoque sur tout le cher peuple haïtien et ses Gouvernants, et d’abord sur vous-même, la Bénédiction de Dieu.

LES ENGAGEMENTS DU VRAI CANDIDAT AUX ELECTIONS PRESIDENTIELLES

Le processus électoral est en cours au Gabon.  Vingt trois candidats ont manifesté leur désir d’occuper le fauteuil présidentiel.  Chacun d’eux nous promet monts et merveilles.  Ils nous promettent tous un Gabon nouveau, libre et démocratique, prospère, moderne, compétitif à l’extérieur et solidaire à l’intérieur.  Leurs discours font rêver et nourrissent nos fantasmes d’une vie sans efforts et sans douleurs.  Ils nous font croire que le changement est possible.

Pour se faire élire, un homme politique est obligé de nous dire ce que nous voulons et aimons entendre.  Ils sont tous obligés de nous promettre : des routes, des écoles, la justice pour tous, la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance, les facilités d’accès aux crédits bancaires pour les pauvres, une agriculture mécanisée, etc.  Les politiciens savent que le peuple n’a pas de mémoire.  La masse oublie cette maxime célèbre de Jean de la Fontaine « tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute ».

Aucun candidat n’osera dire, avec un ton aussi courroucé :

–          Je m’engage à ne pas rester au pouvoir pendant plus de deux mandats et surtout à ne pas changer de Constitution sur cette question même si c’est le peuple qui me le demande avec insistance.

–          Je m’engage à déclarer publiquement avant la prestation de serment tout mon patrimoine et j’imposerai à tous ceux qui travailleront autour de moi ainsi que tous les hauts fonctionnaires à faire de même avant toute prise de fonction publique.

–          Je ramènerai au moins trois quarts de mon patrimoine qui se trouve à l’étranger sur le territoire national pour donner du travail aux jeunes gabonais.

–          Je mettrai en prison tous ceux qui oseront, directement ou par personne interposée, détourner  les fonds publics.  Les crimes économiques seront passibles de peines lourdes.

–          Je demanderai désormais à tous les nouveaux riches de justifier l’origine de leurs ressources.

–          Je supprimerai tous les fonds communs, avantages et privilèges donnés à certains, et je réduirai certains salaires élevés.

–          Les étudiants à l’université ne seront  plus libres de hurler sur les professeurs.  Par surcroit, ils seront traités comme des élèves : participation obligatoire aux cours, tenue correcte aux cours et en dehors des cours, etc.

–          J’imposerai à tous les élèves et étudiants une moyenne générale de 12 pour être admis au BAC ou pour passer en classe supérieure.

–          Je ferai fouetter tous les élèves retardataires à l’école.  Les fonctionnaires doivent désormais être à leurs bureaux aux heures exigées, sous peine de sanction.

–          Les professeurs d’université seront obligés de faire des publications scientifiques tous les 6 mois.  La qualité de leur pédagogie et le contenu de leurs cours seront désormais soumis à une évaluation indépendante.  Certains seront carrément exclus de l’université.

–          J’exigerai que les enseignants, les médecins, les forces de l’ordre et les agriculteurs, soient les mieux payés.

–          J’imposerai la culture du mérite et des résultats dans l’administration publique.

–          Je supprimerai toutes les voitures administratives qui coûtent plus de 10 millions.

–          Je sanctionnerai toutes les entreprises qui font des routes qui ne durent que trois mois.

–          Je supprimerai toutes les fêtes nationales au cours desquelles on dépense des milliards pour acheter des gadgets (pagnes, montres, champagnes, tee-shirts, etc.) au lieu de construire des écoles.

–          Je permettrai à la société civile et aux journalistes de dénoncer la gabegie financière dans la sphère publique.  Les avis du Conseil Economique et Social et ainsi que ceux de la Cour des Comptes seront traités comme recommandations au Parlement et soumis au Gouvernement, après avis des experts, pour leur mise en œuvre.

–          J’imposerai l’hygiène publique à tous les citoyens et j’associerai les entreprises et le génie militaire à la propreté de la ville.

–          Je supprimerai tous les groupes d’animation qui font des femmes des objets de plaisir pour les yeux des hommes.

–          J’interdirai avec fermeté aux mineurs non accompagnés et aux professionnels de sexe de se retrouver dans les rues de 20h à l’aube.

–          J’associerai la société civile à la définition des priorités d’investissements publics dans chacune des provinces.

–          Je soumettrai le budget et les dépenses des administrations à une discipline rigoureuse.

–          Je ferai en sorte que le jus puisse coûter moins cher que la bière.

–          J’interdirai aux églises, associations, vendeurs de boisson, boites de nuit, etc. tout tapage nocturne susceptible de perturber le sommeil des paisibles citoyens et de nos chers élèves.

–          Je m’impliquerai personnellement dans la surveillance de l’exécution des travaux publics et j’inviterai la société civile à le faire en rendant publique les cahiers des charges.  Les contrats entre les grandes entreprises et le pays seront désormais accessibles sur Internet.

–          Je réduirai le gouvernement pléthorique actuel à douze personnes pour plus d’efficacité et la réduction du train de vie de l’Etat.

–          Je mettrai fin à la géopolitique locale et  les nominations au sein du gouvernement ne se feront uniquement que sur la base des compétences, de l’expérience, de l’expertise et des résultats escomptés.

–          J’interdirai à tous les fonctionnaires d’être actionnaires dans des entreprises privées pour éviter des conflits d’intérêts.  Je leur interdirai également la possibilité de faire un cumul de responsabilités par le biais des conseils d’administration de grandes entreprises étatiques, para-étatiques et privées.

–          J’imposerai, pour des raisons de transparence,  à tous les services administratifs de mettre sur Internet en temps réel le niveau de leurs dépenses.

–          J’ordonnerai aux administrations des collectivités locales de rendre compte de leur budget aux comités populaires et d’associer ceux-ci à l’élaboration du budget prévisionnel et à sa mise en œuvre.

–          J’imposerai à tous les commerçants des normes strictes relatives à la santé des consommateurs.

–          Je consommerai « gabonais d’abord » en commençant par faire coudre tous mes habits au Gabon pour donner de l’emploi aux jeunes gabonais.

–          Les pilleurs et leurs complices, les magouilleurs et leurs instigateurs, les contrefacteurs de la monnaie et des actes administratifs ainsi que leurs victimes, les fossoyeurs de l’économie nationale,… seront déclarés « adversaires-à-vie » de la république et punis de servitude pénale.

–          Je ferai établir une charte de valeurs à adopter et une liste renouvelable d’anti-valeurs  à rejeter par tous nos compatriotes et les étrangers qui vivent sur le territoire national pour faciliter la cohésion sociale.

Je reste convaincu qu’un tel candidat sera traité de populiste, d’idéaliste, d’amateur, de rêveur et de non pragmatique.  Un tel candidat inspire la méfiance à tous les lobbies qui contrôlent le monde des affaires, l’environnement religieux, les circuits de la drogue, la soi-disant coopération internationale et  le politiquement correct.  Et pourtant nos pays ne peuvent pas avancer si nous ne nous imposons pas une certaine discipline.  L’anarchie et l’impunité sont source de régression sociale, de stagnation économique, d’asphyxie politique, d’immobilisme idéologique et technologique,…  Il y a un prix à payer pour construire un pays.  Il est plus facile de bâtir des murs que de construire des hommes.

Cette liste d’exigences éventuelles pour aller vers le développement socio-communautaire  et atteindre les Indices du Développement Humain n’est pas exhaustive.  Elle n’est qu’à son début.  Nous pouvons la réécrire ensemble.  Tant que les candidats aux élections présidentielles n’auront pas le courage de nous dire la vérité et rien que la vérité, ne rêvons pas du changement.  Tant que les candidats ne s’engageront pas à changer radicalement  les pratiques courantes dans nos pays, les élections ne servent à rien.  Elles permettent uniquement à quelques commerçants et divers intermédiaires d’avoir des marchés juteux en gadgets et publicité mensongère. Si nous ne prenons pas notre vie en main par des résolutions courageuses et audacieuses, nous  continuerons à croupir dans la misère.  C’est peut-être cela que nous méritons.

Père Jean KAZADI  KATUMBAY, consultant en planification stratégique.

Vous pouvez améliorer la liste des changements qui s’imposent en réagissant à cet article sur internet sur le site  https://conseilsgratuits.wordpress.com/ .  Nous souhaitons à long terme qu’une charte africaine des élections africaines soient adoptées au niveau de l’Union Africaine.  Vous pouvez aussi nous écrire à l’adresse suivante : conseilsgratuits@gmail.com